‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 114 sur 324 · Memoranda ; Œuvres, t. III, p. lOG · texte numérisé non relu

Memoranda ; Œuvres, t. III, p. lOG

2. Ensorcelée, p. 72. — Est-ce une correction de Trébutien, qui aurait pensé à la construction : « taillé en biseau » ? — C'est à Trébutien que j'attribue les variantes suivantes : « Sa figrure rechignée [la figure de la vieille cabaretière] et morne se mit à reluire comme un des gros sous qu'elle allait gagner » [Ensorcelée, p. 24). Texte du journal : « reluisît » ; — |le monastère de Blanchelande] « il s'y était passé d'effroyables scènes avant que la Révolution éclatât » [Ensorcelée, p. 21). Texte du journal : « n'éclatât ». — Serait-ce lui aussi qui a corrigé : « l'église de Blanchelande commençait de se voiler de teintes grisâtres » en : « commençait à se voiler » ? [Ensorcelée, p. 76 ; cf. p. 127).

3. Coulumièremenl. — Est dans Acad. Comp. 1842 : (anc. lég.) « d'une manière roturière ». Aussi : coustumièrement, « ordinairement », mot de Montaigne. Littré cite des exemples de Saint-Simon et de Paul-Louis Courier. H. D. T. [l" ex., xiv-xv» s.). — 0 Acad. 1798, 1835, 1878, 1932.

4. Déchevelé. — Est dans Boiste 1829, Littré, H. D. T. (vieilli), Acad. 1798, 1835, 1878. — 0Acad. 1932.

5. Déhonlé. — 0 Acad. 1798. — Est dans Acad. 1835, 1878. — 0 Acad. 1032. — Est dans Boiste 1829, Littré, H. D. T. (anciennement).

6. « M. de Fierdrap depuis sa remembrance sur Lady Hamilton, n'avait plus rien dit,

et regardait M"^ de Percy comme il devait regarder le liège de sa ligne, quand le poisson

ne mordait pas » [Chevalier des Touches, p. 76).

7. Remembrance. — Il est vieux : Acad. 1798, 1835, 1878, 1935 ; Comp. 1842 (vieux langage) ; Boiste 1829 (vieux) ; Littré (vieilli) ; H. D. T. (vieilli).

8. Gorgiasser (se). —0 Acad. 1798, 1835, 1878, 1932 ; Littré, Litt. Suppl., Add. ; H. D. T. — Godefroy : se gorgiaser ; Boiste 1829 : «faire le magnifique, le brave, le galant, etc. » (inusité) ; Acad. Comp. 1842 (Montaigne).

Majesté Napoléon, Empereur et Roi) « qui ne se serait, certes ! pas

donné pour le premier moutardier du Pape se prélassait et se gor-

giassait [sic] à la table du comte de Lude, comme un Turcaret bon enfant» {Hist. sans nom, p. 136).

Barbey avait le sens de l'archaïsme ; dans une lettre à Trébutien (27 mai 1830 ; Œuvres, t. II, p. 274), il relève le mot frasques (« l'abbé

de Lécange, chanoine de Coutances, expliquait les frasques de sa

jeunesse : frasques \ ce mot est de lui»). Ce mot familier, d'après le Dictionnaire de V Académie de 1798, paraissait sans doute extraordinaire à Barbey.

Barbey ne recule pas devant le néologisme de conversation, celui qui vient naturellement aux lèvres et que l'auditeur ne peut pas ne pas comprendre. Rarement ces créations ont un caractère littéraire, ou poétique : « Vers midi [la Méditerranée] est saphiréenne. ^ » Le plus souvent, les dérivés sont formés de suffixes banals ajoutés à des mots connus : «le rangement^ éternel du cancer qui lui mangeait le cœur» [M™^ de Ferjol] {Hist. sans nom, p. 141); «une beauté» (masculine) est « régulière, tempéramenteuse^, purement ou impurement physique » {Diaboliques, p. 278) ; Le Chouan «s'avançait insoucieusement^ )) {Ensorcelée, p. 60).

Parfois Barbey nous fait assister à la naissance du dérivé : « Fouché, placé entre les Jacobins et les Chouans, comme entre les deux tirants^ de Sainte-Apolline, qui tiraient chacun de leur côté » {Hist. sans nom, p. 143). Il arrive aussi qu'une opposition souligne la valeur du mot et en justifie la création : « Quelques âmes vives cherchaient peutêtre à corporiser^ leurs rêveries, ce qui est aussi difficile que de spiritualiser ses sensations» {Diaboliques, p. 190).

Le plus grand nombre de ces néologismes de Barbey sont des mots « aventuriers », qui ne peuvent avoir qu'une vie éphémère. Gilles Bataille est une victime (une pseudo-victime) de l'explosion de la Machine infernale : Barbey l'appelle ironiquement {Hist. sans nom, p. 138) «le pauvre explosionné y»"^ . Deux bavardes deviennent «nos deux

1. Memoranda ; Œuvres, t. III, p. 98. — Saphiréen. — Manque à lous les dictionnaires. Littré a saphirin.

2. Rongement. — 0 Acad. 1798, 1835, 1878, 1935. — Est dans Boiste 1829, avec une croix ; Acad. Comp. 1842 (vieux langage), Littré.

Page 1