‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 118 sur 324 · Planant. — Manque à tous les dictionnaires · texte numérisé non relu

Planant. — Manque à tous les dictionnaires

sique traditionnelle et la rhétorique nouvelle mettaient à sa disposition, ainsi que l'élégante désinvolture avec laquelle ces « pierres précieuses», comme disait Gautier, sont enchâssées dans le métal de sa phrase. C'est grâce à la création perpétuelle de « figures» que la conversation de Barbey possédait ce caractère inimitable, souligné, après tant d'autres, par Paul Bourget, et que certaines de ses pages conservent aujourd'hui toute leur finesse et tout leur éclat.

Quant au problème historique, nous ne pouvons que le poser. Barbey a-t-il imité les Concourt, comme on le dit souvent? L'étude de l'évolution des procédés de style est chose trop récente pour qu'une conclusion définitive soit possible. J'ajouterai qu'il n'est pas assuré qu'on puisse arriver à une conclusion définitive : le fait que tel procédé apparaît pour la première fois à telle date dans un roman (ou dans un journal) ne prouve pas que le romancier (ou le journaliste) en soit r « inventeur». Le procédé a pu naître dans quelque cénacle — ou dans quelque salon — ou dans quelque café, quelque salle de rédaction — dans la bouche d'un inconnu qui n'a jamais publié sa trouvaille, et qui ne l'a jamais mise par écrit. Constatons donc, en attendant des recherches plus précises, le développement, à l'époque réaliste, de procédés aujourd'hui très répandus, ceux en particulier que l'on a groupés sous le nom de « style substantif».

L'image. — Les contemporains ont admiré chez Barbey la richesse des analogies et des métaphores i. Cette richesse apparente dissimule une pauvreté réelle. Je ne vois pas autre chose qu'un cliquetis de mots dans la phrase : « Le salon ne fermentait que du bruit des jetons et des fiches»^. J'ajoute que ce dernier des grands seigneurs a l'imagination non seulement roturière, mais vulgaire. Voulant décrire, dans un salon élégant, une conversation exquisement spirituelle, il ne trouve rien de mieux que de nous conduire dans la cuisine : « Délicatement fouettés les uns par les autres, tous ces esprits avaient leur moussen {Diaboliques, p. 189). Des drames mondains «cachés, étouffés», sont pour lui des drames «à transpiration rentrée^)). Presque toujours ses comparaisons sont « abaissantes ». Deux amants s'enfoncent dans leur bonheur lâche et en tirent, « comme une couverture par-dessus [leur] tête, l'ignominie ! » (/c?., p. 309). — D'enfants qui ne veulent rien dire, on ne tire, « avec un tire-bouchon d'interrogations répétées», que des réponses « brisées, têtues, stupides» (/rf., p. 108). Une conversation animée, entre

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