‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 120 sur 324 · Memoranda ; Œuvres, t. III, p · texte numérisé non relu

Memoranda ; Œuvres, t. III, p

sentait bien que le coup de poignard pour le major était dans ce mensonge, et elle l'en dagua, l'en larda, elle l'en hacha, et quand elle en eut assez d'être le bourreau de ce supplice, elle lui enfonça, pour en finir, comme on enfonce un couteau jusqu'au manche, son dernier aveu dans le cœur : — C'est le capitaine Mesnilgrand » (/c?., p. 323-324).

Il pratique la métaphore- « filée». J'en donnerai deux exemples tirés de V Histoire sans nom : « les bonnes langues du bourg, qui était, comme tous les petits endroits, la boite à confitures des petits caquets, avaient accusé M™^ de Ferjol d'avarice. Puis, cette confiture, dégustée d'abord comme une friandise, s^était candie. Elles n'y touchèrent plus. Le bruit d'avarice tomba» (p. 37). — (M™*' de Ferjol) « se remit à regarder dans ce cancer béant qu'elle avait au cœur, et dans lequel elle avait mis le linge blanc de tant d'' inutiles compresses qu'elle en avait retirées toujours

sanguinolentes Non seulement le cancer ne s'' arrêtait jamais, mais

il se creusait toujours, et ce n'était pas comme dans un de nos cancers de la chair, à qui on donne un morceau de viande à dévorer pour qu'il nous laisse tranquilles, quelques instants, de ses morsures» (p. 148-149). On a comparé les images à des joyaux du style. Trop souvent les images de Barbey d'Aurevilly sont des pierres fausses.

La phrase. — Dans une sorte de brève préface à ses Pensées détachées, Barbey nous a précisé sa conception de la «pensée» : «c'est la flèche qui vole. Elle est isolée, elle a, comme la flèche dans les airs, du vide au-dessus et du vide au-dessous d'elle. Mais elle vibre, elle traverse, elle va frapper» {Œuvres, t. xvii, p. 160).

«LA FLÈCHE QUI VOLE «. — • C'est, sans doute, la phrase qui se présente sous une forme « gnomique» : « César Borgia était un donneur de batailles au poison, comme Bonaparte était un donneur de batailles au canon »i; «Les enfants nous consolent de tous les chagrins... en attendant les épouvantables qu'ils ne manqueront pas de nous donner. ^ » D'autres pensées nous offrent, après une préparation plus ou moins longue, un trait final : « combien de métaux pour faire l'airain de

Corinthe? Les injures sur les murs ou sur le papier, les taches d'encre

ou de fusain ou de crotte, les fécalités^ du cœur, de l'esprit et du corps, les fanges de la calomnie, tout cela, sous le soleil du temps, se sèche, se durcit, se tourne en airain solide et brillant, — un airain pur qui s'appelle la Gloire» {Id., p. 182).

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