Id., p
4. Sur les «lamartiniens » de province, consulter Brun (A.), Le Romantisme et les Marseillais (Aix-en-Provence, Impr. Universitaire, 1939, in-8°, 214 p.), p. 25, 31-33, etc. — Musset fut le poète préféré des milieux mondains du Second Empire.
5. « La poésie a ses bas-fonds, ses bagnes particuliers, où beaucoup d'intelligences mal venues ou perverties riment perpétuellement, sous prétexte de cœur humain et de sincérité, toutes les inepties qui traînent dans les ruisseaux impurs de la banalité, tous les détritus depuis longtemps balayés dans les gémonies de l'Art » (Leconte de Lisle, op. cit., Avant- Propos, p. 240). C'est aussi la signification du célèbre sonnet des Montreurs, dont je donne ici le premier état :
Comme un morne animal, meurtri, plein de poussière, La chaîne au cou, hurlant au chaud soleU d'été. Promène qui voudra son cœur ensanglanté Sur ton pavé c>"nique, ô plèbe carnassière !
Autour de son opprobre armutant la cité. Bateleur enfiévré de louange grossière.
Déchire qui voudra la robe de lumière Que Dieu fit à l'amour comme à la volupté.
Ah ! misérable siècle, en ma tombe sans gloire, Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire. Je n'avilirai pas mon ivresse ou mon mal ;
Je ne li^Terai pas mon mal à tes huées. Je ne danserai pas sur ton tréteau banal Avec tes histrions et tes prostituées
{Revue Contemporaine, 30 juin 1862, p. 796).
Cf. Poèmes barbares, p. 221. Les passages soulignés sont ceux qui ont été atténués plus tard par le poète. Comparez Coppée :
Dédaignant la douleur vulgaire
Qui pousse des cris importuns
(Poésies, 1864-1869, p. 6)
Il a été facile à. Heredia de montrer que le maître n'a pas toujours été impassible^; parmi les Parnassiens, M™^ Ackermann, pour ne citer qu'elle, peut être considérée comme un poète « du cœur».
Leconte de Lisle proteste aussi, et avec juste raison, contre le mépris de la forme (et même de la grammaire) qu'avaient affecté les poètes du cœur ; confiants dans l'inspiration, ils négligeaient le métier : « Ils puisent leur génie dans leur cœur, et s'ils daignent sacrifier au rythme et à la rime, ils ne dissimulent point le mépris que ces petites nécessités leur inspirent, en composant, d'inspiration, des vers d'autant plus sublimes qu'ils sont plus mauvais.^»
Il précise ailleurs : « L'héroïque bataillon des élégiaques verse moins de pleurs réels que de rimes insuffisantes. Le goût public les encourage dans l'exercice de cette profession immorale dont le premier mérite est d'être à la portée de tous.^»
Leconte de Lisle a d'ailleurs nettement marqué qu'il ne confondait pas Lamartine dans la foule de ses misérables disciples : « M. de Lamartine laissera derrière lui, comme une expiation, cette multitude d'esprits avortés, loquaces et 'stériles, qu'il a engendrés et conçus, pleureurs selon la formule, cervelles liquéfiées et cœurs de pierre, misérable famille d'un père illustre.*» Leconte de Lisle, poète «marmoréen», si je puis dire, ne pouvait guère apprécier les qualités de fluidité de la poésie lamartinienne, non plus que l'aimable et savante négligence d'un Musset : il lui fallait faire effort pour comprendre et sentir ces beaux génies, et il devait se montrer impitoyable pour leurs médiocres suiveurs.
VIGNY. — Je n'insisterai pas sur les reproches que Leconte de Lisle adresse à Vigny ; comme lui, nous regrettons de rencontrer trop souvent, en particulier dans Éloa, les fausses beautés de l'École néoclassique : « L'exécution est d'une élégance un peu molle et onctueuse.
Éloa rappelle de trop près certaines vignettes britanniques Une
sorte de vapeur rose et lactée enveloppe, du premier vers au dernier, les péripéties gracieuses du poème ^».
et Bouilhet
Je déteste surtout le barde à l'œil humide Qui regarde une étoUe en murmurant un nom, Et pour qui la nature immense serait vide S'il ne portait en croupe ou Lisette ou Ninon....
L'Art saint me paraît propre à toute autre besogne., (Œuvres, p. 35).