Id., Vigny, p
Il n'est que trop juste aussi de constater que la forme, chez Vigny, n'est pas toujours à la hauteur de la pensée : « Une incurable élégance énerve bien souvent les créations du poète français ; car il est visible que la timidité de l'expression ne rend pas, très fréquemment, la virilité de la pensée. On sent que l'artiste n'est point le maître despotique de son instrument.^»
HUGO. — Le cas de Victor Hugo est tout différent. Dans ses écrits et dans sa conversation, Leconte de Lisle n'a pas cessé de proclamer que Hugo était « le plus prodigieux poète lyrique^». Mais il ne lui pardonnait pas sa philosophie simpliste, son ignorance de l'histoire, l'abondance excessive de ses descriptions, l'artifice des décors, la répétition continuelle des mêmes effets, l'abus des antithèses, de trop nombreuses négligences^. Toutefois, comme écrivain et comme versificateur, Leconte de Lisle est le disciple de Victor Hugo, tout au moins de ce Victor Hugo qui avait jadis donné l'exemple — et peut-être la formule — de l'Art pour l'Art*.
LES BOUSINGOS. — Mais Leconte de Lisle renie les ultras du troisième Cénacle, les Petrus Borel et les Philothée O'Neddy qui, considérant la Préface de Cromwell comme la Loi et les Prophètes, avaient poussé jusqu'au bout les conséquences de la révolution romantique. Bousingos et bohèmes n'avaient pas disparu : Amédée Pommier reste pour nous le type de ces dévoyés. Est-ce à lui que pensait Leconte de Lisle, quand il écrivait, en 1852 : « Les derniers adeptes [de la poésie moderne] tentent une sorte de néo-romantisme désespéré, et poussent aux limites extrêmes le côté négatif de leurs devanciers. Jamais la pensée, surexcitée outre mesure, n'en était venue à un tel paroxysme de divagation. La langue poétique n'a plus ici d'analogue que le latin barbare des versificateurs gallo-romains du cinquième siècle. ^ »
L'École parnassienne accepte donc la renaissance romantique;