Op. cit., Aug. Barbier, p
Chants modernes sont oubliés, la préface, qui annonce et justifie Verhaeren, n'est pas négligeable.
La «sainte Poésie». — Dès 1839, Sainte-Beuve, dans un article intitulé De la littérature industrielle, avait gémi sur la situation de la littérature «libre», qu'il opposait aux publications de l'Académie des Inscriptions et de l'Université : « Ce champ libre qui a formé jusqu'ici
le principal honneur de la France, qu'en a-t-on fait? Jamais il ne
lui arriva d'être envahi, exploité, réclamé à titre de possession, par une bande si nombreuse, si disparate et presque organisée, comme nous le voyons aujourd'hui, et avec cette seule devise inscrite au drapeau : Vivre en écrivant l^» La situation était pire en 1852. A côté de cette «bande organisée», que reste-t-il, d'après Leconte de Lisle : «Les maîtres [de la poésie moderne] se sont tus ou vont se taire, fatigués d'eux-mêmes, oubliés déjà, solitaires au milieu de leurs œuvres infructueuses. 2» Il conclut : «La Poésie moderne, reflet confus de la personnalité fougueuse de Byron, de la religiosité factice et sensuelle de Chateaubriand, de la rêverie mystique d'Outre- Rhin et du réalisme des Lakistes, se trouble et se dissipe.^»
En 1864, il n'est guère plus optimiste : « On distingue encore un groupe restreint de poètes fort paisibles qui poursuivent leur route, contre vent et marée, parfaitement sourds aux imprécations des uns et peu surpris du silence ahuri de la foule. Ce sont de vrais artistes, sans vanité misérable et sans rancune puérile, convaincus et patients, patients à rompre le mutisme des imbéciles et à exténuer les poumons
robustes des insulteurs.*» Et encore : « Les seules voix qui chantent
tombent de hauteurs inaccessibles au vulgaire et viennent se perdre sans écho dans le bruit des locomotives et le hurlement de la Bourse.^»
La poésie se meurt dans un monde où elle n'a plus que faire, et où il n'y a plus de place pour elle. Et pourtant, la poésie est « chose sainte». Le mot est d'Anatole France, dans un article consacré à Leconte de Lisle ^. La formule se retrouve à peu près chez tous les Parnassiens.
Quand j'eus pris poui- devoir la sainte Poésie,
écrit Laprade'.
1. Porlr. contemp., éd. 1855, t. I, p. 489-490 (12 sept. 1839|.