Symphonies, Dédicaces, p
Et Bourget :
En ce siècle où les Dieux sont tous éteints, j'estime Que l'artiste est un prêtre, et doit, pour rester tel, Dévouer tout son cœur à l'Art, seul Dieu réel^.
Tous les Parnassiens ont une haute idée du rôle social du poète. Après avoir assisté à. la représentation de Gringoire, de Banville, Leconte de Lisle s'écrie indigné : « Le malheureux ! n'avoir su peindre qu'un mendiant î^»
D'ailleurs, la «langue rythmée» est supérieure à la prose, dit Leconte de Lisle : « Moïse, Éloa, Le Déluge, La Colère de Samson, La Mort du Loup, sont d'un ordre incontestablement supérieur à la prose du maître, quelque belle et sympathique qu'elle soit, non qu'il n'y ait ici peut-être une plus grande liberté d'allure, mais parce que la langue rythmée, bien que moins assurée, appelle un sentiment plus exquis des choses et s'en empreint forcément.^» « En fait de prose, tout est bien qui finit vite », ajoute-t-il*. Il est injuste pour lui-même : ferme, nette, expressive, riche de formules frappantes, sa prose est remarquable.
Il est donc indispensable, pense Leconte de Lisle, de sauver la poésie menacée de mort par une société bourgeoise et par un monde de plus en plus «a-poétique» ou même anti-poétique. Élèves de Hugo et de Gautier, partisans de la doctrine de l'Art pour l'Art, persuadés que la voie étroite et banale qui est celle du thème personnel et de se» variations doit être abandonnée au plus vite, méprisant la poésie utilitaire sous toutes ses formes, les Parnassiens, fortifiés par l'étude et rinitiation, veulent engager la poésie sur un chemin plus difficile et plus dangereux. La langue poétique sera assainie ; des formes plus nettes et plus précises seront créées : « le fond pensant et l'art auront recouvré la sève et la vigueur, l'harmonie et l'unité perdues»^.
LES SUJETS. — Les théories de Leconte de Lisle sont assez étroites. 11 considère que les sujets anciens sont plus intéressants que les sujets
1. Bourget, Poésies, 1872-1876 ; L'Art, p. 71. — Cf. Banville : «La Poésie est à la fois -Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence ; elle doit charmer l'oreille, enchanter l'esprit,
représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles ; aussi est-elle le seul
art complet, nécessaire, et qui contienne tous les autres, comme elle préexiste à tous les autres» (Traité de Versification).
2. Calmettes, op. cit., p. 37. — Toutefois la phrase souvent citée : « Personne ne fera les vers mieux que nous, mon ami, personne », n'est pas dictée à Leconte de Lisle par un orgueil démesuré. Elle est suivie de celle-ci : « J'ose le déclarer sans forfanterie, et surtout sans modestie. » Toute la lettre est écrite sur un ton de plaisanterie. Il s'agissait de « remonter » Heredia, « un peu découragé pour l'instant » (Leconte de Lisle à Heredia, 23 mai 1890, dans Ibrovac, op. cit., p. 148).