Ibid
3. Il C'est décidément une fort belle chose. Il y a des vers admirables, trop de détails et d'ornementation çà et là, mais une élévation constante de pensées et de sentiments et une vraie émotion mystique très haute. Ce sera son début réel dans l'art sérieux et un début des plus remarquables » (Leconte de Lisle à Heredia, 12 juil. 1869, dans Ibrovac, op. cit., p. 108-109).
4. « Qu'il use en pleine et absolue liberté [le satirique] de toutes ses ressources ; qu'il soit, à son gré, grave, éloquent, bouffon, brutal, spirituel, passionné : l'espace sans frontières de la poésie est à lui » [op. cit., Aug. Barbier, p. 274 ; 1864). — Restent interdits, naturellement, les vers « sermonneurs » et « les plates maximes à l'usage du troupeau banal » [Ibid.].
5. C'est aussi une théorie chère aux Parnassiens que les sujets poétiques sont toujours les mêmes : « Depuis Homère, [la poésie] n'a rien inventé, hormis quelques images neuves pour peindre ce qui a toujours été » (Heredia, Disc, à l'Académie). — Cf. aussi ce que dit M™'' Ackermann : « Ce que j'ai écrit n'est ni très personnel, ni très neuf. Bien d'autres ont déjà pensé tout cela. Mon seul mérite est d'avoir extrêmement soigné la forme » (Cité par Dumcsnil, Réalisme, p. 326). Anatole France soutenait que l'art, pour être original et neuf, doit renoncer au fond pour s'attacher exclusivement à la forme (Calmettes, op. cit., p. 214).
Il est utile de noter deux théories — d'ailleurs discutables — qui sont chères aux poètes parnassiens ; comme elles portent sur le fond, elles sont hors du cadre de notre étude : « Partout où nous trouvons un vrai rythme et une vraie mélodie dans les phrases, il y a aussi quelque chose de bon et de profond dans la pensée » (Coleridge, dans un carnet de Leconte de Lisle, cité par Jacques Patin, Figaro, 28 avril 1928). — • « L'originalité est une chose d'apprentissage, ce qui ne veut pas dire une chose qui peut être transmise par l'enseignement » (Gautier, Notice sur Baudelaire).
Pour les Parnassiens, il y a une union étroite entre le fond et la forme. Que la puissance de la pensée réussisse à créer une forme parfaite, la chose est possible ; il serait plus dangereux de croire qu'une forme parfaite doive impliquer nécessairement une idée, quelle qu'elle soit. Il existe, hélas ! un mot verbalisme qui signifie tout le contraire. Il est d'ailleurs à craindre que la phrase de Gautier ne soit un bel exemple de verbalisme : qu'est-ce que cette originalité qui ne peut s'enseigner, mais qui peut s'apprendre ?
6. L'Art (1865). — ■ Ce manifeste est-il de Xavier Ricard ? M. Jlartino constate qu'il est «une marqueterie d'expressions de Leconte de Lisle » [Parnasse et Symbolisme, p. 67).
Heredia a résumé ce que l'École parnassienne entendait par une forme parfaite quand il a jugé, en pleine séance académique, les Odes de M. de Mazade, son prédécesseur : « Il y manque l'invention de l'image, le goût des belles formes, le sens de la beauté et de la musique des mots, tout cet art complexe, naïf et savant, qui prête à l'éternelle poésie, suivant la nature et la qualité de l'artiste qu'elle inspire, un son nouveau, une nouvelle vie.-^» La poésie est donc «un art qui s'apprend» ; elle a « ses méthodes, ses formules, ses arcanes, son contrepoint et son travail harmonique w^.
Mais la forme que recherchent les Parnassiens est très particulière. Leconte de Lisle méprisait la mollesse de Lamartine et la facilité de Musset. Il reproche aux « belles inspirations» de Vigny de ne pas présenter « la certitude constante de la langue, la solidité du vers et la précision vigoureuse de l'image»^. En revanche, il admire, d'Auguste Barbier, des « vers superbes, spacieux, animés d'un mâle sentiment de nature et se ruant à l'assaut des hautes périodes»^. Baudelaire est remarquable « par la langue précise, neuve et brillante qu'il s'est faite b^. C'est surtout Victor Hugo que Leconte de Lisle cite comme modèle : les vers des Burgraves sont « spacieux et marmoréens, d'une facture souveraine»^; les vers de La Légende des Siècles sont «admirables», « d'une solidité et d'une puissance sans égales, d'une langue à la fois éblouissante et correcte, comme tout ce qu'a écrit Victor Hugo, qui est aussi un grammairien infaillible»'.