M., Disc. V. Hugo, p
7. /(/., p. 298. — Cf. : « Que l'épigraphie vous tienne en joie et vous inspire de nouveaux vers fermes et lumineux, solides et sonores » (Leconte de Lisle à Heredia, 20 sept. 1880 [à propos du sonnet : Sur un marbre brisé] ; cité par Ibrovac, op. cit., p. 299).
Pour Leconte de Lisle, le vers de Racine :
Leur prompte servitude a fatigue Tibère,
est l'idéal de la beauté poétique. Qui n'admirait pas ce vers était jugé par lui incapable de rien comprendre à la poésie (Calmettes, op. cit., p. 287).
Il soulignait, dans le Serrement de Mains, de Heredia :
Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glacés,
« vers magnifique » ;
Mais il ne daigne pas leur faire de réponse,
«très beau vers», «simple, noble, et carré par la base» (Ibrovac, op. cit., p. 288).
Heredia disait à Edouard Champion : « Leconte de Lisle voyait l'antiquité comme déjà représentée dans un bas-relief de marbre.^»
L'enseignement de Leconte de Lisle. — Dans ses écrits, Leconte de Lisle s'est borné à des préceptes de caractère général 2. En pratique, il donnait à ses disciples des conseils très précis, ce qui explique l'air de famille que présentent la plupart des poèmes de l'École parnassienne. ••
Tout d'abord, comme il est naturel de la part d'un artiste qui considérait les langues anciennes comme des « outils» poétiques supérieurs aux langues modernes, il recommande la couleur archaïsante et aussi, quand le sujet s'y prête, la couleur exotique. « Tous ceux qui ont un vrai sens littéraire applaudiront votre belle introduction et la solide langue semi-archaïque que vous avez inventée au plus grand profit du vieux chroniqueur.^»
Il corrige ou fournit des plans, indiquant les «tons» particuliers à chaque développement. Heredia voulait donner au Parnasse de 1869 une Détresse d' Atahiiallpa. Leconte de Lisle lui conseille, pour l'unité
1. Champion (E.), Entretien avec M. José-Maria de Heredia, Le Tombeau de Louis Ménard (1902, p. 21-31). — Cf. ce que disait Gautier dans son Rapport sur les progrès de la Poésie française depuis 1830 : « On n'y trouve pas [chez Leconte de Lisle] la grâce ionienne qui fait le charme du Jeune Malade» (1868). — Leconte de Lisle écrivait difficilement en vers. Il confie à Heredia : « Mes vers, si peu qu'ils valent, me demandent une telle tension d'esprit, et il est si rare que j'aie devant moi quelques jours de repos, qu'il m'est à peu près impossible de m'occuper à la fois des ennuis misérables de chaque jour et des intérêts politiques et religieux du xin® siècle » [Il s'agit de Hiéronymus]. Lettre du 24. sept. 1874, dans Ibrovac, op. cit., p. 138.
2. Notons toutefois, à propos de Victor Hugo, celte indication : « L'antithèse et l'ellipse donnent à l'expression de sa pensée une profondeur concise qui trouble les intelligences peu averties» (op. cit., V. Hugo, p. 261 ; 1864).
3. Leconte de Lisle à Heredia, 22 nov. 1877 (après la lecture de la Véridique Histoire).
(le l'œuvre, de concentrer la scène dans la Chambre d'Or. L'introduction (dix à douze vers) sera sobre et concise. Le discours de l'Inca sera très orné. Les paroles de Pizarre seront rudes et insolentes. Puis le poète reprendra la parole pour une conclusion de même ton que l'introduction. « Le poème, ainsi composé, se tiendra de pied en cap.^»
Le poème une fois écrit, Leconte de Lisle l'épluche vers par vers, mot par mot. Le premier état du Serrement de Mains de Heredia n'exige pas moins de trois pages d'observations de détail.
Diego Laynez ne peut plus goûter aux viandes.
Ce n'est pas un vers. Le lecteur ne sait s'il doit faire la diérèse dans Di-ego ou dans vi-ande.
Il ne dort plus depuis que son chef blanc branla.
Mauvaise consonnance^. D'ailleurs les mots hlanc et tremblant reviennent trop souvent dans le poème.
Pourquoi Sanche, Alfonse, Diègiie à côté de Diego, Ruy ? « Cette hésitation dans les noms détruit le vrai caractère.» Etc., etc.^.
Souvent Heredia pose des questions précises : A-t-on le droit, dans un même sonnet, de faire rimer fort avec effort*?
« Vous devriez bien me trouver une épithète pour remplacer immense dans Les Montagnes [le sonnet : Aux Montagnes divines\ Je tiendrais assez à ce que ce qualificatif commençât par un i, je passerais sur l'a, Vo ou I'm, s'il était absolument sublime.^»
Conclusion. — L'École parnassienne, régentée par un maître autoritaire et minutieux, s'est donc constitué une langue particulière, rigoureusement correcte, remarquable par sa fermeté et son éclat. Pas une impropriété, pas une cheville : la rime, toujours riche, souvent rare, semble se présenter d'elle-même®. Pas un détail inexact : le poète s'est