CHAPITRE III
(suite)
Les romantiques s'étaient efforcés d'enrichir la langue de la poésie en étendant son domaine ; ils avaient inventé, — ou cru inventer, — la couleur des temps, la couleur des lieux et la couleur des milieux sociaux. Les Parnassiens les suivent dans cette voie : ils tentent d'annexer à la poésie deux disciplines nouvelles, la philosophie et la science ; ils font revivre toutes les civilisations, toutes les religions, ils décrivent tous les pays du globe. Ils le font avec une exactitude et un soin nouveaux : aucun d'eux ne se permettrait de considérer la barcarole comme une variété de «barque», aucun d'eux n'aurait ridée de jongler avec les noms propres, appelant un mont d'un nom d'homme, ou réciproquement, sans souci des lieux et des temps. Artistes délicats, ils évitent les procédés grossiers des grands Romantiques, et surtout la répétition fréquente des mêmes procédés.
Poésie philosophique. Poésie scientifique. — En créant une poésie philosophique et une poésie scientifique, les Parnassiens ne faisaient que suivre les tendances de leur époque : le positivisme était alors en pleine faveur (Auguste Comte commence en 1839 la publication de son Cours de philosophie positive)^ et Renan avait imprimé U A venir de la Science ( 1848). Mais le problème n'était pas aisé à résoudre ; il fallait traduire en langue poétique les conceptions des philosophes et les découvertes des savants ; il fallait conserver la précision de la philosophie et de la science sans cesser pour cela d'être poète. Rien n'empêchait M°^^ Ackermann d'intituler une pièce de vers Le Positivisme [Œuvres, p. 91), Louis Ménard d'allécher son lecteur par les titres prometteurs à' Eschatologie'^, ou de Thérapeutique^, ou Sully- Prudhomme de mettre en tête d'un de ses poèmes le mot Evolution^.