‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 188 sur 324 · Œuvres, 1872-1878, p · texte numérisé non relu

Œuvres, 1872-1878, p

Mais comment traiter poétiquement ces sujets, assez inattendus dans un volume de vers ?

LES THÈMES PHILOSOPHIQUES. — Les thèmes philosophiques^ de caractère général ou sentimental se prêtent aisément à l'expression poétique.

Toute forme s'en va, rien ne périt ; les choses

Sont comme un sable mou sous le reflux des causes ;

La matière mobile en proie au changement

Dans l'espace infini flotte éternellement -.

Et sous l'infini qui l'accable,

Prosterné désespérément.

Il [l'homme] songe au silence alarmant

De l'Univers inexplicable ; ,

Le front lourd, le cœur dépouillé,

Plus troublé d'un savoir plus ample,

Dans la cendre du dernier temple

Il pleure encore agenouillé^.

Le sombre pessimisme de M^^^ Ackermann a trouvé de beaux accents, injustement oubliés aujourd'hui.

Il est plus difficile d'exposer en vers des théories abstraites : Sully- Prudhomme s'y est essayé. Au point de vue poétique, ses vers sont d'une rare platitude ; au point de vue philosophique, on songe à quelque compendium à l'usage des candidats au baccalauréat :

Leibniz divise l'Etre en milliers de génies.

Qu'il fait miroirs du monde, obscurs, troubles ou clairs,

Monades sans liens et cependant unies ;

Un Dieu, pour en former le meilleur univers.

D'avancé en a réglé toutes les harmonies*.

L'écrivain en vers se trouve nécessairement amené à utiliser les procédés de l'école de Delille ; il s'agit non plus d'ennoblir, mais de poétiser des sujets essentiellement prosaïques : l'image est le plus souvent chargée de ce soin, avec un résultat plus ou moins heureux.

Il [l'homme] verra découler des plus riches essences Le (lot limpide et sûr des belles conséquences^.

1. SuUy-Prudhomme a posé, dans la Préface du Bonheur (dédié à Gaston Paris), le problème de la poésie philosophique et de la poésie scientifique. Il s'agit de transposer dans la langue littéraire les grandes théories et les grandes découvertes (p. 137), le vers étant d'ailleurs «la forme la plus mnémonique ou la plus élégante» (p. 138). Médiocrement copvaincantes, ces idées, qui rappellent celles des préfaces de Delille, étaient nettement opposées aux théories de Leconte de Lisle, ennemi de l'élégance et de " l'utilitarisme ».

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