‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 197 sur 324 · Heredia, Trophées, p · texte numérisé non relu

Heredia, Trophées, p

La couleur est franche, et le poète échappe au reproche de pédantisme. Traduire buccinatenr par «trompette» serait une mauvaise plaisanterie ; et comment traduire lectisterne ?

MOTS DÉMARQUÉS. — Il est possiblc aussi de démarquer un mot ou une expression d'une langue étrangère. Le savant comprend ; l'ignorant, placé devant une impropriété manifeste, sent qu'il y a là une traduction et devine vaguement un original inconnu :

Ainsi, divin Orphée, ô chanlour inspiré, Tu déroules ton cœur sur un mode sacré ^.

Dérouler son cœur, mode, sont des héllénismes plus discrets que pektis^, péplos^, syrinx'^ ou khlamyde^. Ont-ils moins de couleur ?

PROCÉDÉS DE STYLE ÉTRANGERS. — Un autre moyen, beaucoup plus délicat, et sur lequel je veux m'étendre, consiste à employer les procédés de style propres à une nation et à une époque déterminée.

Le vin rit dans l'argent des brocs,

chante Heredia^. Nous ne voyons plus guère servir le vin dans des brocs, surtout d'argent. Mais le verbe rit, qui fait image, me transporte beaucoup plus sûrement dans un lointain prestigieux que les mots plus banals d'argent et de broc.

Voici trois images de Louis Ménard qui sont bien caractéristiques de rinde, de la Grèce et de l'ancienne Germanie :

Lieu des trois mondes, source et fin des existences, Seul vrai, seul immobile au sein des apparences ; Tout est dans toi, tout sort de toi, tout rentre en toi'^ !

Les filles des sommets neigeux, les fraîches ondes, Dansaient dans les roseaux avec un rire clair^.

Nous chassons du lit des vierges candides

Les songes d'amour, enfants de minuit.

Qui font palpiter nos cœurs de sylphides ^.

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