‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 207 sur 324 · Leconte de Lisle, Derniers Poèmes, p · texte numérisé non relu

Leconte de Lisle, Derniers Poèmes, p

LES COULEURS « cuRÉTiESSES ». — La couleuF chrétienne primitive est toute différente :

[Cyrille :]

Nous combattons en nous les Esprits de l'abîme Et nous voulons forger avec des mains en feu La sereine unité de nos âmes en Dieu^ !

Suscite un moissonneur aux bras rudes et sûrs Qui fauche sans pitié ni relâche, et remplisse Les granges de l'enfer jusqu'à rompre les murs^ !

La nuance est sensible aussi entre le chrétien primitif et le moyen âge chrétien :

Salut, Vierge aux beaux yeux, reine des saintes'Eaux, Plus douce que le chant matinal des oiseaux. Que l'arôme amolli qui des jardins émane^ !

Songe qu'après ta mort, toi qui fus noble et brave Et qui portais une hydre horrible à ton cimier. Tu seras faible et nu comme un ver de fumier^.

Au xvi^ siècle, la langue religieuse, celle des catholiques comme celle des protestants, est tout autre ;

CoNDÉ (à Poltrot de Méré) :

Il est, sachez-le bien, d'autres âmes encor.

Qui, sans renier Dieu, source du vrai trésor.

Comme l'arbre des monts, fier de ses vigueurs franches.

Se plaisent à jeter au loin toutes leurs branches,

Et qui n'empêchent pas, de peur de se gâter,

Les floraisons d'y poindre et les nids d'y chanter^.

Poltrot de Méré :

Ce que je sais aussi, c'est que Dieu nous seconde. Et que, pour balayer comme une paille immonde Les chariots de guerre avec leurs cavaliers. Il suffit de son nom mis sur les boucliers^ !

Seigneur, vos ennemis prévaudront sûrement. Si vous nous envoyez l'esprit d'aveuglement^ !

1. Lecomte de Lisle, Poèmes antiques, Hypalie et Cyrille, p. 286.

2. Mendès, Contes épiques {Prière à Dieu de Jean et de Pierre), p. 60.

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