‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 209 sur 324 · Ackermann (M"ej Œuvres, p · texte numérisé non relu

Ackermann (M"ej Œuvres, p

Les vers de Coppée n'ont rien de vulgaire et restent familiers :

Et j'avais remarqué que, dans une maison Qui fait l'angle et qui tient, ainsi qu'une prison, Fermée au vent du soir son étroite persienne, Toujours à la même heure, une musicienne Mystérieuse, et qui sans doute habitait là. Jouait l'adagio de la Sonate en la^.

Voici des termes bien prosaïques : carte, tableau, tringle. Mais il s'agit d'une carte navale, d'un marin absent ; d'autre part les expressions ((.noires tringles, se croisent à Venvi» relèvent heureusement les détails neutres que le poète ne pouvait négliger, à cause de leur valeur descriptive (il s'agit de la maison de l'absent) :

Une carte navale est pendue en un coin ;

Sur le tableau jaunâtre, çntre ses noires tringles,

Les vents et les courants se croisent à l'envi^.

Bouilhet, cherchant un effet de contraste, oppose, au contraire, le prosaïsme essentiel du notaire à l'objet poétique de ses chants :

...La main sur son cœur, un notaire chantait ! Il chantait, oublieux du contrat qui sommeille, Je ne sais quel bateau, quelle étoile vermeille. Quels chérubins frisés voltigeant dans l'azur^ !

La chose est importante : à l'époque parnassienne, la poésie française, après des siècles de noblesse, réelle ou factice, avait retrouvé le ton simple, le ton familier des Grecs et des Latins, et celui de nos poètes du moyen âge ou du xvi^ siècle.

La petite amie de Mérat s'amuse à mettre deux fleurs sur ses oreilles ; le poète écrit :

Elle se les mit à l'oreille

Comme une plume d'employé :

Le blanc des fleurs faisait merveille,

Dans le brun des cheveux noyé*.

Il eût été regrettable de renoncer, pour des raisons protocolaires, à cette « plume d'employé» qui est plaisante et fournit une rime rare. Coppée termine une poésie sentimentale sur un détail familier :

Moi qui savais déjà l'aimer jusqu'à la mort,

Je vis que je l'aimais bien mieux et bien plus fort,

Et que ma passion s'était encore accrue.

Et j'écoutais rouler les fiacres dans la rue"".

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