Coppée, Poésies, 1864-1869, Inlimilâ, p
L'effet est très heureux : trop de grandiloquence nuit à la sincérité du sentiment.
Cette poésie à la fois sérieuse et familière est une des conquêtes du romantisme.
2o LA LANGUE POPULAIRE. — La langue familière est la langue que parlent communément tous les Français, y compris les poètes quand ils ne s'expriment pas en vers. La langue populaire est tout autre chose. Difficile à caractériser, elle s'oppose trait pour trait à la langue de ceux qu'on appelait jadis les « honnêtes gens». Elle est, dans la bouche des Parnassiens, une sorte de langue étrangère.
Coppée en a usé, d'ailleurs discrètement. Son forgeron parle simplement, mais à part l'expression messieurs les Juges, son français est impeccable.
Mon histoire, messieurs les juges, sera brève. Voilà. Les forgerons s'étaient tous mis en grève.
Le samedi, le soir de paiement de semaine,
On me prend doucement par le bras, on m'emmène
Au cabaret 1.
Coupeau, avec qui notre brave forgeron aurait pu trinquer à l'assommoir, s'exprimait avec un vocabulaire assez différent.
Un texte de Mérat offre un mot populaire, ou plutôt un emploi populaire du mot litre :
Vous savez ces chemins qui vont vers la barrière, Montueux et chargés de pesants omnibus ; Où l'on voit des passants, la casquette en arrière, Suivant la volonté des litres qu'ils ont bus^.
Mais l'expression : « suivant la volonté des litres qu'ils ont bus » est non seulement littéraire, mais recherchée et même tarabiscotée.
Voici toutefois, dans la bouche du fossoyeur d'un village breton, une locution nettement populaire ou locale. Le fossoyeur s'adresse au curé :
L'enfant saura de vous tout ce qu'il faut savoir. Moi, pour les menus soins, je me flatte d'ai>oir La chose d'employer le fil et les aiguilles^.
Mais c'est une maladresse plutôt qu'un vulgarisme proprement dit.
D'une façon générale, les poètes du Parnasse, qui ont souvent — et
certains avec prédilection — ■ employé la langue familière, se sont donc
1. Coppée, Poésies, 1864-1869, p. 207. — « Le paiement de semaine » me gêne un peu. Ça s'appelle « la paye ».