Mendès, Soleil de Minuit, p
Nous ne pouvons songer à énumérer — la chose serait d'ailleurs inutile — tous les sujets traités par l'École parnassienne. Non seulement l'Inde, l'Egypte, l'Orient grec, avec leurs religions, l'Orient biblique, toutes les particularités du moyen âge européen, toute l'histoire de la France, de ses provinces et de ses colonies, ont été mises à contribution, mais des poètes avides d'inédit se sont jetés sur les thèmes les plus extraordinaires. C'est ainsi que Mendès a écrit un poème swedenborgien, Hespérus. Des termes hébraïques, éphod^, habitacle^, voisinent avec des mots empruntés au jargon de Swedenborg :
cette voix
frùlant d'abord l'ouïe intérieure,
Enivre le mental comme un parfum subtil ^.
Malgré toute l'autorité de Leconte de Lisle^ qui, avec Hespérus^ saluait l'entrée de Mendès dans le domaine de la haute poésie, je dois déclarer que ce poème mystique est illisible*.
Je ne donnerai que deux exemples de ces reconstitutions savantes que les Parnassiens ont préparées avec tant de science et exécutées avec tant d'art.
Dans le Huchier de Nazareth^, Heredia, pour rendre la couleur évangélique, a renoncé à la langue moderne pour emprunter un style légèrement moyenâgeux {Madame la Vierge, Monseigneur Jésus) :
Le bon maître huchier, pour finir un dressoir, Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane, Maniant tour à tour le rabot, le bédane Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.
Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir, S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane Où Madame la Vierge et sa mère sainte Anne Et Monseigneur Jésus près de lui vont s'asseoir®.
Sous Véphod que la règle hjnnénéenne assigne, Elle [la vision] avait dans les yeux l'inextinguible éveil., (Paris, OUendorff, 1885, in-12, p. 20.)