‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 214 sur 324 · Heredia, Trophées, p · texte numérisé non relu

Heredia, Trophées, p

Voici maintenant une vision de la cité biblique d'Hénokhia, citadelle des Forts, et de ses habitants :

Thogorma dans ses yeux vit monter des murailles

De fer d'où s'enroulaient des spirales de tours

Et de palais cercles d'airain sur des blocs lourds ;

Ruche énorme, géhenne aux lugubres entrailles

Où s'engouffraient les Forts, princes des anciens jours.

Ils s'en venaient de la montagne et de la plaine, Du fond des sombres bois et du désert sans fin. Plus massifs que le cèdre et plus hauts que le pin. Suants, échevelés, soufflant leur rude haleine Avec leur bouche épaisse et rouge, et pleins de faim.

C'est ainsi qu'ils rentraient, l'ours velu des cavernes A l'épaule, ou le cerf, ou le lion sanglant. Et les femmes marchaient, géantes, d'un pas lent. Sous les vases d'airain qu'emplit l'eau des citernes, Graves, et les bras nus, et les mains sur le flanc.

Elles allaient, dardant leurs prunelles superbes, Les seins droits, le col haut, dans la sérénité Terrible de la force et de la liberté, Et posant tour à tour dans la ronce et les herbes Leurs pieds fermes et blancs avec tranquillité^.

Les critiques n'ont pas manqué de reprocher aux romantiques leurs couleurs superficielles ou fausses, parfois maladroitement plaquées, l'abus des teintes criardes, aux discordances choquantes. Les Parnassiens, mieux renseignés et plus artistes, ont su éviter ces erreurs. On peut dire sans exagération que nul n'a manié et ne maniera les couleurs plus habilement que ne l'ont fait les grands Parnassiens.

1. Leconle de Lisle, Poèmes barbares, Qaîn, éd. Lemerrc, p. 3.

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