Ménard, Poèmes et Rêveries, p. 303 [Le Rishi
En revanche, Temploi à'adverbes substantivés prouve une certaine recherche et procure au poète l'occasion d'heureux effets :
l'absolution tombant des mains du prêtre
Est encore soumise à l'éternel peut-être ;
Et, sans contrition, VOremus dépêché
Ne guérit point l'ulcère horrible du péché ^.
Eternité de l'homme, illusion ! chimère ! Mensonge de l'amour et de l'orgueil humain ! Il n'a pas eu d'hier, ce fantôme éphémère, II lui faut un demain- !
Baudelaire, Verlaine et les symbolistes développeront cet emploi.
Un procédé particulier est celui qui consiste à employer un nom propre^ parfois au pluriel, en lui donnant la valeur d'un nom commun. De Guerne en use fréquemment ; il nous montre les amoureux « se
ruant aux murs des vaines liions » {Flûtes alternées., p. 229). « Le Savant
épuise, serein, pur, ébloui, content, La coupe fraternelle où burent
les S ocrâtes y^ (/c?., p. 246).
L'adjectif. — L'adjectif adverbe. — L'adjectif détaché peut qualifier le nom auquel il se rapporte, mais aussi modifier un verbe de la proposition; il joue alors le rôle d'un adverbe : «il vole léger y>, disaient les poètes de la Pléiade. C'est ainsi que Leconte de Lisle a
écrit :
Bienheureux qui, jurtif, par les halliers propices, A travers l'indiscret feuillage, un seul instant. Te contemple, muet et le cœur palpitant^ !
Furtif, employé de la même façon par Victor Hugo (Ladislas furtif), se justifie dans l'une et l'autre fonction. L'adjectif me parait nettement plus évocateur de l'attitude d'un personnage que ne le serait furtivement.
Il est aussi possible, sur le type « parler haut », de créer des locutions nouvelles : « chanter sourd » ; ces locutions peuvent être plus ou moins frappantes et plus ou moins heureuses. Dans l'exemple suivant, Coppée, par une tradition habile, a su passer de chanter sourd, chanter doux, qui sont conformes à la tradition, à chanter attendrissant, qui est plus audacieux.
Le piano chantait sourd, doux, attendrissant, Rempli du souvenir douloureux de l'absent Et reprochant tout bas les anciennes extases*.