‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 22 sur 324 · Réponse à un acte d'accusation, v · texte numérisé non relu

Réponse à un acte d'accusation, v

De la rhétorique, il n'est question qu'en passant :

J'ai de la périphrase écrasé les S[)irales^.

Il n'était peut-être pas très aisé d'exposer en vers les mystères de la synecdoque, de la métonymie ou de l'antonomase... Ce qui intéressait particulièrement Hugo, c'était le mot. Il y insiste et il y revient :

Plus de mot sénateur, plus de mot roturier'^.

Il a fait la Révolution linguistique :

Je déclarai les mots égaux, libres, majeurs *.

J'ai jeté le vers noble aux chiens noirs de la prose*.

Et, surtout, voici la définition du mot « visionnaire» :

Face de l'invisible, aspect de l'inconnu ^.

Hugo développe son idée :

Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibpe et tremble en l'écrivant.

Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses ®.

Les mots sont les passants mystérieux de l'âme '.

C'est que Dieu fait du mot la bête de l'idée^.

Enfin, le mot s'écrie :

Mon nom est fiât lux, et je suis ton aîné®.

Hugo conclut :

Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu^".

Divers critiques ont vu dans cette profession de foi assez singulière une boutade ou une amplification. Elle représente très exactement l'opinion de Hugo, fondée sur les théories de Nodier. La Genèse enseigne que Dieu a donné à Adam le pouvoir de nommer les animaux : les mots primitifs ont donc en eux quelque chose de divin. Le poète, par intuition, retrouve, sous les déformations accumulées par l'usage, le sens primitif des mots.

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