Leconte de Lisle, Poèmes antiques, p
Comment rendre compte de cette anomalie ? Lamartine avait écrit :
Je voulais retenir l'ànie qui s'éi'upore^.
C'était une licence, qui se justifiait ou du moins s'expliquait par les nécessités de la rime. Hugo en présente quelques exemples, toujours à la rime {Chants du Crépuscule, Napoléon II, dans Brunot, Pensée et Langue, p. 789 ; cf. ContempL, V, xvi, Lueur du couchant, v. 16-18, et plus loin, v. 22 2, v. 34). D'une ressource exceptionnelle — et d'ailleurs discutable — les Parnassiens font un procédé classé, reconnu, usuel. Je suppose que c'est la variété des temps et de la sonorité des désinences qui leur a paru avantageuse. La concordance imposée par la grammaire ne fait que doubler lourdement une indication de temps qu'il suffit d'exprimer une fois. L'indicatif présent, au contraire, nous donne l'illusion que nous assistons à l'action ; il apparaît comme une variété nouvelle de présent historique :
Et dès lors, du nuage effarouché qu'il crible, Avec des cris stridents plut une pluie horrible Que l'éclair meurtrier rayait de traits de feu-'.
La langue a-t-elle gagné un nouveau moyen d'expression? L'avenir nous le dira.
EMPLOI DES MODES. — La plupart des emplois remarquables se rapportent à l'usage du subjonctif. Plus ou moins abandonné par la langue populaire, le subjonctif est devenu un mode littéraire : nombreux sont, dans les romans, en particulier dans les romans signés de noms d'académiciens, les subjonctifs «d'élégance», que les linguistes étrangers s'ingénient vainement à analyser, et qui ne s'expliquent que par l'ignorance prétentieuse des hommes de lettres. Les Parnassiens sont trop bons grammairiens pour tomber dans cet excès : ils se servent du subjonctif en hommes de science et en hommes de goût.