Ackermann (M™^), Œuvres, p
CONDITIONNEL. — Je ne trouve à noter qu'un conditionnel d'atténuation en proposition relative.
L'Esprit du Bien parle :
et l'on croirait que déjà se dégage, Au rythme impérieux de son grave langage, Une forme expressive enveloppée encor.
Où d'un esprit naissant palpiterait l'essor ^.
« Une forme expressive se dégage» constate un fait ; palpiterait au lieu de palpite exprime une nuance de possibilité qui est la propre nuance du conditionnel : « je sortirais» s'oppose nettement à « je sors» aussi bien qu'à « je ne sors pas».
Les Prépositions. — Les prépositions, qui expriment des rapports, ont par là même quelque chose d'anti-poétique. Les poètes modernes s'efforcent en quelque sorte de les neutraliser, laissant deviner au lecteur les rapports qu'elles soulignent. C'est pour cette raison, je crois, que la préposition « à» et la préposition « en», qui sont parmi les moins encombrantes, et parmi les plus vagues, ont reçu à l'époque parnassienne un développement particulier.
Au xvii^ siècle, la préposition « à» pouvait s'employer traditionnellement là où nous employons dans, sur, etc. Les Parnassiens ont conservé, ou retrouvé ces emplois :
Erycine t'appelle aux bois étincelauts ;
Viens ^.
[Or, il vit]
Héroïsme, Beauté, Sagesse et Poésie,
Autour du grand Kronide assis au Pavé d'or ■''.
Il est inutile de multiplier les exemples ; pour Heredia, Ibrovac a noté les emplois de « à» avec la valeur de « dans le, sous le, vers le» {op. cit., p. 434). Dans des vers tels que ceux-ci :
Enfin, le jour, glissant à la pente des cieux. D'un long regard de pourpre illumina leurs yeux*,
le lien logique entre « la pente des cieux » et « glissant » se trouve en quelque sorte escamoté ; est-ce : « glissant sur, à travers, le long de»? Nous ne le savons pas, et, au point de vue du poète, il est sans doute préférable que nous l'ignorions.