Id., Poèmes antiques, p
La préposition « en» présente l'avantage d'être, si je puis dire, plus vide encore de substance logique que la préposition à : « dans» a en effet hérité, dans la plupart des cas, des sens de « en» ; en ne suggère plus que des rapports très divers et souvent très vagues.
Étrangers, c'est en vain qu'en mots harmonieux Vous caressez l'oreille et l'esprit curieux^.
Sur un fond d'or pâli, les saints rouges et bleus Qu'un plomb noir délimite en dessins anguleux, Croisant les bras, levant au ciel un œil étrange 2.
Et la flamme, inondant l'enceinte rayonnante, Semant d'ardents reflets la pourpre environnante, Irradie en éclairs aux lambris du métaP.
Dix colonnes d'argent portent le large faîte Du trône où des festons brodés de diamants Pendent aux angles droits en clairs rayonnements*.
L'enfant à soulever des armes s'évertue. Chaque armure, où l'aïeul se survit en statue Sous la fière couronne et le cimier ducal, Joyeuse, reconnaît d'un regard amical Sa race qui déjà joue avec ce qui tue®.
Dans le premier exemple, «en», traduit par « avec», exprimerait l'instrument. Pour les quatre autres exemples, nous pouvons hésiter : faut-il traduire par « sous forme de», et quel rapport exact marquerait cette locution prépositive?
En présente aussi, quand il est suivi de certaines formes de l'article, l'avantage, inappréciable pour le poète, d'une certaine couleur archaïque :
Et, plus clair en Tazur noir de la nuit sereine. Silencieusement s'argente le Croissant^.
«En l'azur» sonne bien, avec un certain caractère d'étrangeté, et, somme toute, n'a rien de barbare. 11 est regrettable que des poètes plus zélés que savants aient cru pouvoir faire renaître en /e, en les :
Oui, je veux allier la rage à la langueur,
Et, loin de les détendre, en les fibres du cœur
Exaspérer la vie afin que je la broie'.
1. Leconte de Lisle, Poèmes antiques, p. 100 [Hélène). C'est Démodoce qui parle.