CHAPITRE V PROCÉDÉS DE STYLE
Le procédé de style est une sorte de recette littéraire. Inventé par un écrivain ingénieux, qui a suscité des imitateurs, le procédé nouveau finit par s'imposer à l'usage. Au cours des âges, il s'est ainsi constitué comme un stock qu'il devient de plus en plus difficile d'augmenter: les écrivains de chaque pays et de chaque Ecole y puisent leurs procédés favoris. Les poètes du Parnasse n'ont pas négligé cette ressource.
Le pluriel poétique, ou emphatique. — Beaucoup d'écrivains affectent de substituer, sans raison logique, le pluriel au singulier. Heredia s'y refusait : « le chêne», affirmait-il, veut dire davantage que «les chênes»^. D'autres Parnassiens, au contraire, préfèrent «les chênes ».
Les exemples sont variés.
Hélas ! courbons le front sous le poids des exils- !
outre l'art divin qu'il reçut en partage,
Il faut au cuisinier les pénibles labeurs^.
Elles vont, elles descendent, plus impétueuses de minute en minute, arrivent à la mer, et font une immense trouée à travers les houles effondrées*.
En d'indignes plaisirs à jamais j'ai flétri Les saintes blancheurs de mon âme^.
Il entendit monter les sèves déchaînées Et croître dans son sein l'Océan furieux"'.
Dans ces vers, le pluriel se justifie plus ou moins facilement. Courbons, qui est un pluriel, suggère une pluralité d'exilés.