I<1., Poèmes antiques, p. 175 ; Plaintes du Cijclope
La préposition en est régulière après certains verbes ; « le brouillard tombe en pluie fine» : le brouillard se transforme en une pluie fine. Le poète ne choque personne en écrivant :
Le soleil du matin tombe en bruine d'or
A travers les rideaux de blanche mousseline ;
C'est comme un fin brouillard de lumière en sourdine
Eclairant l'oreiller d'une blonde qui dort^.
Mais en bruine d'or n'est pas un complément d'objet indirect de tombe. C'est un complément circonstanciel de comparaison introduit par un outil nouveau : en (les rayons du soleil ressemblent à une bruine d'or).
Dans les exemples qui suivent, aucune hésitation n'est plus possible : le verbe ne comporte pas la construction avec « en». Un type nouveau d'introduction de l'image est constitué.
Sur les pylônes peints, au rebord d'une arête, L'ibis dans son jabot gonflé plonge la tête Et sur un pied médite, en découpure au ciel^.
Sous les arceaux déserts une funèbre armée De feuilles mortes court en essaim éperdu'.
Je mange et je dors en chien
Comme d'un cruchon fêlé .
Mon esprit s'en est allé Par terre*.
LA COMPARAISON EST PRÉSENTÉE SA.\S AUCUN t OUTIL >> INTRODUC- TEUR. — L'exemple suivant est bien caractéristique :
Dans ses courses, parfois l'essaim des hirondelles S'arrête, et, près du terme espéré, pleure celles
Qui tombent en chemin.
O mortels ! suspendez votre course rapide ; Pleurez ceux qui sont morts en rêvant l'Atlantide
Où vous serez demain^.
Les deux termes de la comparaison, contenus chacun dans une demi-strophe, se rapprochent naturellement l'un de l'autre, de sorte que l'adverbe habituel n'est plus nécessaire. Fond et forme offrent d'ailleurs une coloration «Grèce ancienne» bien caractérisée.