‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 258 sur 324 · Bouilhet, Œuvres, p · texte numérisé non relu

Bouilhet, Œuvres, p

LA MÉTAPHORE EST DANS UN VERBE. — Les métaphores verbales sont rarement aussi frappantes que les métaphores nominales : l'impression produite par un verbe ne peut qu'exceptionnellement se comparer à celle des métaphores brutales de la première catégorie.

Les marais coassent, le soir^.

La métaphore me paraît d'ailleurs peu heureuse. Je n'aime pas beaucoup non plus :

Toute une part du ciel se vêt de molles flammes Qu'il agrafe à son faîte étincelant et bleu^.

Ourler, se décalquer expriment toutefois des métaphores assez originales :

Pourquoi dédaignais-tu les calmes paysages Dans la lumière au loin ourlant leurs horizons, Les lacs d'azur limpide, et sur de frais visages L'ombre du vert printemps qui fleurit les gazons^?

Le Temps d'un bras robuste enserre Ta carcasse, et la fait craquer !

Regarde enfin d'un œil sincère Là-haut ton corps se décalquer'^ !

Les autres exemples sont plus banals et se rapprochent des métaphores classiques.

La maison éclatait en fraîches voix de femmes^.

Tout bruit décroît ; l'oiseau laisse tomber ses ailes, Les feuilles du bambou ne chantent plus entre elles®.

j'aime et je suis aimé !

Vois cette fleur des bois dont l'air est embaumé,

Ce rayon enchanté qui plane sur ma vie,

Dont ma paupière est pleine et jamais assouvie' !

La nature du concept verbal qui est, comme le concept de l'adjectif, un concept ouvert^, explique sans doute cette opposition entre le verbe et le nom.

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