Bouilhet, Œuvres, p
LA MÉTAPHORE EST DANS UN VERBE. — Les métaphores verbales sont rarement aussi frappantes que les métaphores nominales : l'impression produite par un verbe ne peut qu'exceptionnellement se comparer à celle des métaphores brutales de la première catégorie.
Les marais coassent, le soir^.
La métaphore me paraît d'ailleurs peu heureuse. Je n'aime pas beaucoup non plus :
Toute une part du ciel se vêt de molles flammes Qu'il agrafe à son faîte étincelant et bleu^.
Ourler, se décalquer expriment toutefois des métaphores assez originales :
Pourquoi dédaignais-tu les calmes paysages Dans la lumière au loin ourlant leurs horizons, Les lacs d'azur limpide, et sur de frais visages L'ombre du vert printemps qui fleurit les gazons^?
Le Temps d'un bras robuste enserre Ta carcasse, et la fait craquer !
Regarde enfin d'un œil sincère Là-haut ton corps se décalquer'^ !
Les autres exemples sont plus banals et se rapprochent des métaphores classiques.
La maison éclatait en fraîches voix de femmes^.
Tout bruit décroît ; l'oiseau laisse tomber ses ailes, Les feuilles du bambou ne chantent plus entre elles®.
j'aime et je suis aimé !
Vois cette fleur des bois dont l'air est embaumé,
Ce rayon enchanté qui plane sur ma vie,
Dont ma paupière est pleine et jamais assouvie' !
La nature du concept verbal qui est, comme le concept de l'adjectif, un concept ouvert^, explique sans doute cette opposition entre le verbe et le nom.