‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 26 sur 324 · Cont., éd. Vianey, t. I, p · texte numérisé non relu

Cont., éd. Vianey, t. I, p

Afin qu'il puisse, à l'abîme Qu'il contient et qu'il bénit, Dire sa messe sublime Sous sa mitre de granit^.

C'est, dans l'œuvre de Hugo, le premier exemple de description «visionnaire» d'un paysage. Dans le Correspondant, Pontmartin juge cette poésie «raffinée, quintessenciée, et mignarde»; Pressensé est également peu favorable ; Veuillot s'indigne du sacrilège. Seul Janin est élogieux.

Voici un spécimen caractéristique de cette fantaisie particulière à

Hugo :

Si tu ^'cux, faisons un rêve :

Montons sur deux palefrois ; Tu m'emmènes, je t'enlève.

L'oiseau chante ilans les bois'^

Mon cheval sera la joie, Ton cheval sera l'amour.....

Nous donnerons à ces bêtes Une avoine de baisers.

Viens ! nos doux chevaux mensonges Frappent du pied tous les deux, Le mien au fond de mes songes, Et le tien au fond des cieux''.

LE «RÉALISME». — Le «réalisme» de Hugo est destiné à produire un effet de contraste : le ton de la poésie est nécessairement relevé ; le vocabulaire, la syntaxe sont artificiels ; les nécessités de la rime et du rythme donnent à l'ensemble un certain apprêt.

Comme sur ses deux pieds de devant l'ours s'abat Après s'être dressé pour étreindre le pâtre, Ainsi Rostabat tombe

Telle est la langue ordinaire des épopées de la Légende des Siècles. Hugo va forcer la nuance « noble» pour préparer l'effet final :

et sur son cou d'albâtre Laïs nue avait moins d'escarboucles luisant Que ces fauves rochers n'ont de flaques de sang

{Lég., Le Petit Roi de Galice, VIII).

1. Cont., éd. Vianey, t. I, p. 109, v. 51-56 ; p. 111, v. 75-80. Date : édition, juin 1836 ; ms., 10 oct. 1854.

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