‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 260 sur 324 · Coppée, Poésies, 1864-1869, p · texte numérisé non relu

Coppée, Poésies, 1864-1869, p

Voici une autre métaphore empruntée aux phénomènes célestes : « hélas ! songe le poète, le passé est irrévocablement passé».

Pourquoi ne peut-on pas, seulement pour une lieure,

Percer ces brouillards d'hiver gris et froids. Et revoir un rayon du cher prinlen»])S qu'on pleure,

Un petit coin bleu du ciel d'autrefois^ ?

Moins frappantes que les précédentes, les métaphores qui suivent, choisies dans des ordres d'idées aussi différents que possible, sont plus facilement intelligibles (il s'agit, dans le premier texte, de l'Université) :

Si la gaîté du ciel rarement illumine Tes austères préaux qui n'ont pas d'horizons, Un peu du grand zéphyr qui souffle à Salamine Mêle un salubre arôme à l'air de tes prisons^.

Ces poètes ingrats ! ils sont trop adorés,

Nous les reconnaissons à leurs beaux doigts dorés

Encor d'avoir saisi les papillons du rêve^.

— Aujourd'hui tout est su ; la destinée austère N'a plus devant mes yeux d'ombre ni de mystère, Et la vie, avant même un lustre révolu, Garde à peine un feuillet qui n'ait pas été lu*.

Je vous ai vu marcher, en quittant mon berceau Vers cette fleur de bien qui se nomme le beau^.

Les exemples sont infiniment variés ; vers 1850, la métaphore est, de tous les procédés de style, le plus en honneur.

LA MÉTAPHORE CONTINUÉE. — Il peut y avoir intérêt à suivre une métaphore. C'est affaire d'occasion et de goût.

« Tout est fleur aujourd'hui, tout sera miel demain», dit M™e Ackermann {Œuvres, p. 64), exprimant joliment une idée délicate. Il est moins naturel de transformer le poète en un trésorier :

Et je vais ainsi, trésorier des pleurs. En chemin quêtant soupirs et douleurs^.

Le lecteur n'a pas vu souvent quêter un trésorier, et cette collecte

i. Ménard, Poèmes et Rêveries, p. 293 {Sou^>enir].

2. Sully-Prudhomme, Œwres, 1879-1888, p. 117 [L' Unii'ersité).

3. Coppée, Poésies, 1864-1869, p. 117 (Intimités). — C'est l'amie du poète qui lui parle.

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