Ménard, Poèmes et Rêveries, p. 293 (5oucenir
L'Espérance et le désir évoquent aussi la Grèce antique :
Plus fraîche qu'un parfum d'avril après l'hiver,
L'Espérance bénie arrive et nous enlace,
La menteuse éternelle, avec son rire clair
Et ses folles chansons qui s'égrènent dans l'air^.
L'universel désir guette comme une proie Le troupeau des vivants ; tous viennent tour à tour A sa flamme brûler leurs ailes, comme autour D'une lampe, l'essaim des phalènes tournoie^.
Mais dans Les Elfes, il faut voir plutôt une influence germanique :
L'alouette chante, et l'aurore efface Les étoiles d'or sous son doigt vermeil^.
Mme Ackermann personnifie la Nature^, le Malheur inflexible, l'aveugle Hasard^, la Liberté, la Vérité :
Comment ? la Liberté déchaîne ses colères ; Partout, contre l'effort des erreurs séculaires, La Vérité combat pour s'ouvrir un chemin ; Et je ne prendrais pas parti dans ce grand drame ? Quoi ! ce cœur qui bat là, pour être un cœur de femme, En est-il moins un cœur humain® ?
Le procédé se retrouve chez tous les Parnassiens. Il est normal aussi de personnifier les forces de la nature, comme l'ouragan :
ce briseur de chaînes et de mâts.
L'ouragan, tord la pluie et la nuée en trombe^.
Mais le poète moderne conserve le pouvoir de créer des personnifications. Il ne semble pas que Mérat ou Bouilhet, en écrivant ces vers, aient songé à Diane ou à Sélênê :
La nuit avait semé ses nuages limpides Tout autour de la lune, astre rêveur et blanc. Qui, du ciel bleu foncé sur l'onde au pâle flanc, Semblait faire pleuvoir l'argent en jets fluides*.
La lune sourit d'aise à son balcon nacré*.