‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 266 sur 324 · Bouilhet, Œuires, p · texte numérisé non relu

Bouilhet, Œuires, p

Enfin la personnification peut prendre un caractère très précis ; derrière le personnage symbolique de la famine, nous voyons le peuple de Paris affamé :

Elle entend gronder plus voisine

La voix lugubre du canon Sommant jour et nuit la famine

Qui répond : « Non»i.

La personnification, comme la comparaison, peut être développée — aux risques et périls de l'écrivain :

La nuit dans le vieux Nil baignait son pied charmant, Et, sereine, invitait l'homme au recueillement^.

Mendès, dans un de ses poèmes les plus sinistres, décrit notre globe au moment où les futurs continents flottent encore, masses informes, sur les océans :

Aucun pilote humain. Seul, le Hasard savant, Capitaine pensif qui veillait à l'avant. Par l'épaisseur des mers que le sillage échancre Guidait les lentes nefs, et, parfois, jetait l'ancre^.

La vision ne manque pas de grandeur. Par contraste je citerai deux personnifications familières de l'Hiver :

Voici venir l'hiver, ceint avec majesté De son brouillard ainsi que d'une draperie. Il sème sur la terre aride et défleurie. Les frêles diamants de son givre argenté-*.

A pas rêveurs le vieillard nous apporte Son lourd faisceau dont il aime le poids ; Du chaume antique il a franchi la porte, Sur les chenets il a rangé le bois^.

A côté de ces personnifications nettement caractérisées, il est des

1. Sully-Prudhomme, Œuvres, 1879-1888, p. 27 (.4 Paris, en 1871). C'est Jeanne qui entend la voix du canon allemand et le « Non » de Paris.

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