‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 273 sur 324 · France (Anatole), Poésies, p · texte numérisé non relu

France (Anatole), Poésies, p

part, joubarbe et pariétaire"^ Dans le même ordre d'idées, pistil et étamine n'appartiennent-ils pas à une autre catégorie, dont endosperme et gynandre. constituent une variété? Le romancier qui décrit un jardin et le poète qui raconte la Révolte des fleurs pourront-ils se permettre tous ces termes? Laquelle de ces séries doivent-ils raisonnablement écarter?

De plus, si l'on peut en quelque sorte distinguer des degrés dans la technique, il existe des techniques très diverses. Les mots de la campagne ont, depuis la plus haute antiquité, une couleur poétique. Mais les termes de blason ont aussi leur poésie, qui est toute différente. En revanche, il est à, craindre que les termes de physique et de chimie, ainsi que les termes d'administration et de linguistique, soient plus ou moins rebelles à la poésie. — « Il faut encore considérer le physique» du mot, sa longueur et sa sonorité. Je ne puis qu'indiquer ici la complexité du problème : elle est telle que de nombreuses pages suffiraient à peine à le poser.

Pour l'historien de la langue, deux choses sont à considérer, l'effet produit, — heureux ou malheureux, — et les procédés qui servent à, amener, ou à expliquer le mot technique — par définition inconnu du lecteur. Prenons pour exemple une série de noms d'animaux : bupreste, criocère, gypaète, harle, sacre, scombre, stellion^. Le gypaète est relativement connu :

Les gypaètes blancs se bercent dans les airs"^.

Les autres le sont moins. C'est dans le ciel qu'on entend le

Monologue inquiet d'un cygne ou d'un grand harle Qui cherche dans la nuit ses compagnons errants^.

Cygne limite habilement le champ des recherches du lecteur ignorant.

Heredia n'a pas publié le poème — un de ses premiers sonnets — où le criocère, ivre d'amour, meurt :

Malheur au criocère imprudent qui s'y glisse ! Il meurt, ivre d'amour. O fleur de l'Idéal* !

On imagine assez facilement ce que peut être cet insecte. Le sacre est familier aux puristes qui savent, par Wey, que c'est un oiseau de proie et qu'il est ridicule de dire : « il jure comme un sacre».

1. 11 est un peu inquiétant de constater qu'à part le criocère (dans un des premiers sonnets de Heredia) et le gypaète (Bouilhet), tous ces noms sont à la fin du vers. Ils ont bien l'air de sortir d'un dictionnaire de rimes.

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