‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 28 sur 324 · Id., Prélude · texte numérisé non relu

Id., Prélude

LE DÉVELOPPEMENT ELLIPTIQUE. — Un autre procédé, qui dérive du précédent, consiste à supprimer un certain nombre de chaînons intermédiaires, en sorte que la suite des idées, au premier abord, est inintelligible. Dans le Théâtre en liberté., la Grand'mère s'écrie :

Qu'il se connaisse en herbe, en foin ! qu'il soit savant ! C'est lâche ! c'est affreux ! Je voudrais être morte !

(Se. 2, V. 99.)

Il faut suppléer tout un raisonnement : ce qui est lâche, c'est que la mère a dû, par raison d'État, chasser son fils ; l'exilé est devenu botaniste : d'où l'herbe et le foin.

Conclusion. — Le monde décrit par Hugo est un monde particulier : tantôt ce sont de pures visions, qui ne reposent sur rien d'existant, tantôt ce sont des réalités transformées par l'hallucination.

Un exemple caractéristique montre bien comment procède l'imagination de Hugo. Il avait vu bien souvent, sur les tombeaux du moyen âge, les orants et les pleurantes. Voici comment il traduit ce souvenir en style visionnaire :

Il ne sera pas dit

Que je n'aurai point mis sur sa bière un flambeau, Et que je n'aurai pas devant son noir tombeau Fait asseoir une strophe sombre^.

Hugo atténue ou explique parfois ses « visions». Il n'est pas toujours possible de dire :

Et chaque pan de roche est une sentinelle^.

II a d'ailleurs fallu préparer soigneusement ce vers pour qu'il fût intelligible.

Le premier moyen et le plus simple consiste à employer les « atténuatifs» ordinaires :

J'ai vu dans les sapins passer la lune horrible. Et j'ai cru par moments, muet, épouvanté. Surprendre l'attitude effarée et terrible De la création devant l'éternité^.

Un second procédé consiste à faire appel à, la nuit :

Ces hydres que le jour on appelle des arbres Se tordent dans la nuit*.

1. Cont., éd. Hetzel, t. II, p. 41 ; IV, xvii, Charles Vacquerie, v. 20-24. Date de l'éd. : 1852 ; pas de date sur le ms. (1854?).

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