‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 299 sur 324 · Id., p · texte numérisé non relu

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Le procédé est plus discret dans Heredia ; la pitié éprouvée par le poète pour un malheureux végétal lui suggère une apposition inattendue — ■ frêle plante — entre deux verbes étroitement coordonnés par et :

Sur le roc calciné de la dernière rampe Où le flux volcanique autrefois s'est tari, La graine que le vent jusqu'au Gualatieri Sema, germe, s'accroche et, frêle plante, rampe^.

L'anacoluthe. — L'anacoluthe, bien connue des écrivains et des théoriciens classiques, a toujours eu ses partisans et ses détracteurs. En fait, on peut décorer de ce nom des solécismes impardonnables et d'exquises élégances. L'anacoluthe est constituée essentiellement par une rupture logique : un nom jeté dans la phrase, par exemple, ne se rattache à aucun verbe, demeure «en l'air». L'anacoluthe est fréquente dans la langue parlée : distrait ou maladroit, l'orateur abandonne la phrase commencée pour en improviser une nouvelle sur un plan différent. Dans la langue écrite, l'anacoluthe, placée dans la bouche d'un personnage, suggère un état d'émotion extrême :

Les hommes du désert sortent de leurs tombeaux. Hachés de coups de fouet, saignants, fangeux, farouches, Pleins de haine, /ton nom, ma fille, est dans leurs bouches-.

Leurs rattache tant bien que mal le début de la phrase au groupe logique : ton nom est dans leurs bouches.

Prêtres d'un ciel muet, naufragés d'un grand culte,

Héritiers incertains d'un antique trésor,

Sans force et dispersés, /que te faut-il encor^ ?

Ici prêtres d'un ciel muet, etc., est complètement détaché de la proposition qui termine la phrase.

Les deux exemples se rencontrent dans un poème «antique»; ce n'est pas un hasard.

Dans ces vers de Mendès, la rupture est moins choquante ; les appositions du premier vers se rattachent tant bien que mal au vocatif landgrave :

Tortureur des vivants, blasphémateur des saints. Oh ! ton âme de fer, Landgrave, que n'est-elle Le fer docile et chaud que mon marteau martèle* !

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