LES PARNASSIENS : CONCLUSION
Mérat use et abuse de ce genre de plaisanteries :
L'Amour, l'autre soir, fantasque et moqueur, Passant près de moi, prit une balance : Dans l'un des plateaux il jeta mon cœur, Il jeta mon cœur avec violence.
Dans l'autre, il plaça deux yeux presque verts, Deux bras potelés et deux lèvres roses. Des cheveux ; enfin ces petites choses Qui m'ont toujours mis la tête à l'envers.
Or voilà du coup la balance folle :
Mon cœur lourdement a roulé par terre ^.
Il recherche, en particulier, les entassements de choses hétérogènes :
Hier, en vous voyant, je me suis rappelé
Que j'ai fait un bouquet au temps des églantines :
Des roses, des yeux bleus, des pompons de bottines
Un bouquet d'Arlequin, mince et bariolé^.
Parfois le poète raffine sur le sentiment :
S'il tressaille une giroflée Au vieux mur qu'on va démolir, La pioche en est un peu troublée Et conseille au bras de mollir^.
Dans la Révolte des Fleurs^ Sully-Prudhomme nous montre le soleil se levant et se couchant sur un monde où il n'y a plus de fleurs :
Aurore, dont les yeux, entr'ouverts les premiers. Allumaient tendrement la blancheur des pommiers. Comme la pudeur monte à la joue innocente. Tu cherchas du regard cette blancheur absente. Et triste d'un réveil sans le bonjour des fleurs. Sur le champêtre deuil tu parus fondre en pleurs. Et toi, soleil couchant où montait de la terre Leur adieu parfumé, tu sombras solitaire, Et déployant ta pourpre avec plus de langueur. Comme si tu saignais d'une blessure au cœur*.
Mais c'est surtout quand il s'agit de procédés de style qu'une recherche excessive peut être dangereuse. Le poète s'ingénie à présenter de façon originale cette idée banale : « un merle amoureux chantait».