Id., Le petit Roi de Galice, v
Histoire de la langue française. XIII. 3
De beaux effets peuvent être obtenus avec des noms «classiques». Dans les Chevaliers errants, Hugo énumère « ces cités d'or, de brume et d'azur» :
Tyr, Héliopolis, Solyme, Ccsarée^.
Vieillissant, Hugo exagère : les noms sont trop nombreux, trop barbares, ou étrangement groupés^. H arrive que Hugo sente la nécessité de s'excuser :
« Gagasmira, Sambulaca, Maliarpha, Barygaza, Claveripatnam, Sochoth-Benotli, Théglath-Phalazar. Tana-Sorim. tous ces noms presque hideux effarèrent la Grèce. ^))
De façon générale, on ne peut trop admirer, je ne dis pas la science —, superficielle et sujette à caution — , mais l'art de Victor Hugo.
Les noms communs. — aRA.\DEUR et familiarité. — Dans le poème intitulé A André Chénier, Victor Hugo a précisé ses intentions :
Preiulro à la prose un peu de son air familier^.
H ne se refusera donc aucun terme, ni ceux qui hantent les Phèdres et les Jocastes, ni les mots de tous les jours.
Dans les Chansons des Rues et des Bois, il proclame :
Rien n'est haut ni bas ; les fontaines Lavent la pourpre et le sayon ; L'aube d'Ivry, l'aube d'Athènes Sont faites du même rayon ■•.
Sayon n'a rien de « bas». Mais, dans un texte de haute tenue, Booz endormi, Victor Hugo a corrigé d'abord « sorti de ses flancs» en « sorti de son flanc n,T^ms «sorti de son flanc» en: «sorti de son ventre ^^{\. 37-38) :
Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu.
De fait, non seulement dans les Chansons des Rues et des Bois et dans V Art d'être Grand' père, mais dans ses fragments épiques et dans ses pièces apocalyptiques elle-mêmes, Hugo use des mots les plus simples. Dans les Contemplations, je note layette (éd. Vianey, t. III, p. 17, v. 62), pantoufle (p. 19, v. 101), un tas noir de tombeaux (p. 26, v. 293),