Chans., I, i, 4 ; Le Poète bat aux champs
flanelle, rhumatisme (p. 29, v. 286, 288), rabâcher (p. 127, v. 13). Il emploie à la rime houblons {Id., p. 90, v. 25), qui rime richement avec blonds, et, dans le premier vers d'un poème des Chansons des Rues et des Bois, cressonnière :
J'aime Chelle cl ses cressonnières
(Liv. I, IV, V.)
Visiblement, il prend plaisir à poétiser des mots ([ue Planche et Garpentier avaient rejetés avec le plus profond dédain.
Un développement (Cont., t. III, p. 32, v. 346 et suiv.) est caractéristique du procédé : planter là (v. 347), ribotes'^, vieilles bottes (v. 350). Comparez :
Vous êtes cent contre un ! Pardieu !
Fils, cent maravédis valent-ils une piastre ?
Cent lampions sont-ils plus farouches qu'un astre ?
Combien de poux faut-il [)our manger un lion- ?
De même, dans le poème intitulé Abîme, Sirius dit au Soleil :
Te voilà-t-il pas fier, ô gardeur de planètes,
Pour sept ou huit moutons que tu pais dans l'azur^ ?
Ce naturel que Hugo admirait chez Pradon (dans la seule intention, d'ailleurs, de diminuer Racine), c'était la caricature de son propre « réalisme », simplicité voulue, affectée, et d'ailleurs voyante, sinon choquante.
Hugo ne s'interdit naturellement pas les termes les plus choisis ; la Voix Lactée s'écrie, dans le même poème :
Je suis, dans l'ombre affreuse et sous les sacrés v^oiles, La splendide forêt des constellations*.
« Sacrés monts» est de Racine (Esther, 1, 2). La terre, plus modeste, dit :
Je me verse, urne sombre, au brin d'herbe, au sapin^.
A condition d'éviter des contrastes choquants, le poète a donc le droit, à ses risques et périls (le risque du prosaïsme, le péril de la vulgarité), d'employer dans ses vers les mots les plus humbles du dictionnaire français.
1. V. 349. — Apostat des ribotes joint curieusement un ternie relevé el un mot vula:aire.
2. Lég., Le petit Roi de Galice, v. 444-446. .3. Id., Nouvelle Série, VIII, 8, v. 106-107.