Id., V
MOTS SOBLES. — Les mots nobles ne déparent point le ton généralement relevé de la langue de Hugo ; d'autre part, ils lui rendent de menus services. Hymen, au vers 14 d'un poème, s'explique parce que Hugo emploiera noce au vers 20 ; urne rime richement avec nocturne^ ; crin se glisse où cheveu ne saurait aller :
une gitane grande aux crins blonds-.
Onde est assez fréquent^. Citons aussi nocher^ ; courroux, dans la Fin de Satan''.
Il faut une réelle habileté pour encadrer ces vocables bien connus, mais, si je puis dire, «marqués». Tantôt c'est le sujet même qui les appelle : cou d'albâtre est en harmonie avec Laïs nue^ ; tantôt ils sont plus ou moins préparés :
Et tout était la grâce, ayant la pureté ;
Tout était flamme, hymen, bonheur, douceur, clémence,
Tant ces immenses jours avaient une aube immense'.
Mettant un bonnet rouge au vieux dictionnaire, Hugo n'a pas banni les ci-devant. Sans les rechercher, il les utilise, et le fait avec un art consommé.
MOTS ARCHAÏQUES. — Hugo a écrit :
[J'ai] tiré de l'enfer Tous les vieux mots damnés, légion sépulchrale^.
S'agit-il des mots archaïques ? C'était une tradition que de gémir sur la perte de tant de bons vieux mots usités au temps jadis : La Bruyère avait donné l'exemple ; plus tard, Pougens avait publié des listes de termes qui pouvaient ou devaient être sauvés de l'oubli. Mais Hugo, en réalité, ne s'intéresse pas aux mots vieillis. 11 emploie ire^
1. Conl., éd. Vianey, t. III, p. 89. — Cf. Lég., Les Chevaliers errants, v. 27-29 ; et aussi :
L'être effrayant se tait au fond du ciel nocturne Et regarde tomber de la bouche de l'urne Le flot livide des humains
(Cont., éd. Vianey, III, p. 325, v. 87-90).