‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 44 sur 324 · Id., t. I, p · texte numérisé non relu

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4. Le Dictionnaire de l'.lcadémie de 1932 donne ce sens en dernier lieu. — L'édition de 1878, chose étonnante, reproduit exactement le texte de 1835.

fin du xix^ siècle). Victor Hugo a non seulement donné à fauve un sens nouveau : il a créé un nouveau concept.

L'adjectif «vermeil». — Hugo a aussi étendu le sens de vermeil. Il a écrit :

Aller, jusqu'en leur lit, provoquer les soleils, Examiner comment les enfers sont vermeils

{Légende des Siècles, III, 130, Là-haut).

Enjer vermeil est inattendu (toutefois la flamme est vermeille). Mais vermeil^ avec éveil, est à peu près le seul mot qui rime commodément avec soleil. Vermeil se joint ensuite à firmament, à cause de l'éclat des astres :

Vous montez l'escalier des firmaments vermeils

[Id., IV, 12).

Enfin Victor Hugo n'hésitera pas à parler de nuit vermeille, quand il s'agit d'une nuit étoilée :

L'éther ténébreux, plein de globes tortueux,

Ne sait pas qui je suis, et, dans la nuit vermeille,

Il me guette pendant que moi, clarté, je veille

[Id., IV, 262).

Enfin, l'adjectif ayant décidément cessé, comme fauve, de représenter une couleur, Victor Hugo pourra écrire :

Le beau Progrès vermeil, l'œil sur l'azur fixé, Marche, et tout en marchant dévore le passé

[Légende des Siècles, Nouv. série, VIII, 8, Abîme, v. 27-28).

Fort de cet exemple, Verhaeren parlera de Vair vermeil {Toute la Flandre, Liminaire, II, Avril), de chiens vermeils (Les Débâcles, Fleur fatale), de vents vermeils {Les Forces tumultueuses. Les cris de ma Vie, II, Un matin), d'un geste vermeil (geste de génie et d'audace ; Les Flammes Hautes, V Orgueil).

Conclusion. — La richesse verbale de Hugo est prodigieuse. Mais l'historien de la langue ne peut manquer d'être frappé par les défauts qui en sont la contre-partie : le verbalisme et l'impropriété. L'impropriété surtout constitue un danger grave pour l'expression de la pensée : partie de la poésie, puis de la prose littéraire, elle a trop souvent gagné la langue de la critique littéraire et même la langue de la philosophie. Reconnaissons toutefois que si le français commun, et surtout le français des penseurs, a besoin de mots strictement définis,

le poète a le droit d'user de mots flous, d'autant plus riches de puissance suggestive qu'ils sont moins liés à une signification précise. C'est pourquoi Barrés a pu noter {Mes Cahiers, t. XII, p. 4) : « Je reproche à Hugo de manquer de sens critique, de discipline critique, de goût et

de vérité, de besoin de propreté dans les choses historiques ; je lui

reproche de manquer de vérité psychologique. Mais il est le seigneur des mots.^»

1. Notons, en passant, que Hugo n'a pas inventé Jérimadelh (Maurice Rat, « Victor Ilujro n'a pas inventé le fameux Jérimadcth », Figaro lilli-raire, 7 février 1948).

Faix a la Syntaxe ! — Hugo, si l'on en croit la Réponse à un acte (V Accusation^ a monté sur la borne Aristote, affiché des proclamations sur Lhomond, et, sur Dangeau mort, égorgé Richelet. En fait, Hugo savait parfaitement sa grammaire, — non pas seulement Lhomond, mais la Grammaire des Grammaires^ de Girault-Duvivier, — et les fautes que l'on a pu relever dans son œuvre immense sont très peu nombreuses. Il a eu, à un haut degré, le respect de la langue, et le sens de ce qu'on appelle «le génie de la langue». «Paix à la Syntaxe», a-t-il proclamé. Il a tenu parole.

Mais le poète, quel qu'il soit, assujetti aux dures nécessités de la rime et du rythme, se permet quelques licences. Hugo et les romantiques ont élargi la notion de licence. Qui dit licence dit « faute tolérée ». Hugo a remplacé cette formule par celle de «liberté permise». En 1810, tout est réglé, tout est défendu, sauf de rares exceptions, soigneusement cataloguées ; en 1860, tout est autorisé, sauf un petit nombre d'interdictions formelles. La grammaire moderne, pressentie par Hugo avant d'être formulée par les linguistes, est en cela d'accord avec les poètes.

Quand Hugo nous montre un col tortueux, étroit, rude, « hérissé de hroiissaille et d'orh'e»^, exigerons-nous le pluriel «broussailles» au nom de l'Usage ? Mais ortie est un singulier collectif ; pourquoi broussaille ne serait-il pas aussi un collectif ? La « faute » n'est pas une licence, mais une figure, un trope — une élégance.

Je n'insisterai pas sur des faits de ce genre : leur variété est infinie, et leur énumération n'aurait qu'un mince intérêt. Je me bornerai à quelques exemples bien caractéristiques, qui montrent que Hugo sait utiliser toutes les ressources de la langue française.

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