Chansons, éd. Ollendorff, p
VALEUR EXPRESSIVE DE L'IMAGE. — Hugo a toujouFS présenté une idée abstraite sous forme imagée : ce tour d'esprit se développe avec l'âge :
« On me dit : " Pourquoi le romantisme ne réagit-il pas contre le réalisme ?"
Le chêne ne se fâche pas contre le gui.^»
Il personnifie un genre littéraire :
Ici, sous chaque porte, S'assied le fabliau.
Nain du foyer qui porte Perruque in-folio-.
L'image visionnaire permet, en outre, de suggérer des sentiments. L'aube est joyeuse. Mais l'aube de la bataille d'Eylau?
Et l'aube se montra, rouge, joyeuse et lente, On eût cru voir sourire une bouche sanglante^.
La ronce est classée parmi les puissances du mal. Mais, au gibet de Montfaucon, sa feuille prend une signification particulière :
Si quelque ronce y croît, la feuille horrible jette Une ombre onglée et noire, affreux stigmate obscur. Qui ressemble aux cinq doigts du bourreau sur le mur*.
L'image développe et exprime avec force ce qu'annonçait l'adjectif horrible.
Il est plus difficile d'évoquer des sensations que des sentiments. L'image y parvient — ou donne à l'écrivain l'illusion qu'il y parvient. Hugo s'intéresse surtout aux effets de lumière et d'ombre :
(On aperçoit, sur ces êtres que couvre)
Un divin flamboiement brusquement éclairci Des rejaillissements de rayons, comme si L'on avait écrasé sur eux de la lumière^.
Et l'ombre du rocher ténébreux a semblé
Plus noire, et Von dirait qu'un morceau de cette ombre
A pris forme et s'en est allé dans le bois sombre^.
1. Post-Script., p. 513 (date : 1868-1872). ■J. Chansons, liv. I, vi, ii, v. 21-25.