Id., XV, Éviradnus, I, v
C'est ce qu'on pourrait appeler du pittoresque visionnaire. Hugo « réalise » tout :
L'hymne prend, pour s'en faire autant d'ailes d'azur, Tous les haillons de la nuée^.
Gesufal a briilé Teruel :
Le roi du Mont Jaxa, Gesufal le Cruel,
Pour son baiser terrible a choisi Teruel ;
Il vient d'en approcher ses deux lèvres funèbres,
Et Teruel se tord dans un flot de ténèbres-.
Hugo « voit» l'histoire de l'humanité :
L'Histoire m'apparut, et je compris la loi
Des générations cherchant Dieu, portant l'arche,
Et montant l'escalier immense marche à marche^.
L'image visionnaire évoque aussi l'inconnu et l'inconnaissable. Voici le monde après la création :
Les horizons pleins d'ombre et de rocs chevelus Et d'arbres effrayants que l'homme ne voit plus Luisaient, comme le songe et comme le vertige, Dans une profondeur d'éclair et de prodige*.
H est impossible, nous disent les psychologues, que la conscience humaine ait le sentiment de sa disparition. Dans le Théâtre en Liberté^ la sorcière Zinab analyse longuement les sensations que l'on peut éprouver en passant de cette vie à l'autre (voyez p. 52-53).
LE SYMBOLE. — Le mot de symbole est malaisé à définir — surtout après les nombreuses définitions que nous en ont données les symbolistes. Nous rencontrons chez Hugo deux espèces de symboles.
La philosophie de Hugo oppose, en gros, la Puissance du Mal et la Puissance du Bien, tantôt créatrice, tantôt vengeresse. Celle-ci est représentée par divers symboles : V Aigle du casque en est un {Légende des Siècles, nouv. série, IX, 4). Le Léviathan, dans Pleine Mer, est aussi un symbole («tout le passé : grandeur, horreur») ; V Aéroscaphe de Plein Ciel est l'avenir. H n'y a là rien que de commun.
H est plus curieux de voir Hugo se créer peu à peu un ensemble de symboles particuliers. Vers 1836-1838, il a noté une promenade faite par une nuit magnifique ; la conversation portait sur la célébration de la messe :
En ce moment ils arrivèrent au bout des arcades