Il illiam Shakespeare, 2^ p., liv. I, ch. m
VICTOR HUGO ET LA CxRAMMAIRE 43
Dans l'œuvre de Victor Hugo, comme dans la création, l'antithèse est partout. Je signale seulement un exemple d'antithèse visionnaire :
Un affreux soleil noir d'où rayonne la nuit^.
Nous relevons, dans ses poèmes, des oppositions de caractère général, qu'il faut joindre aux antithèses proprement dites. Telle est l'opposition entre le noble et « l'ignoble» : au vers 8 d'un poème, le poète vide <(Viirne des nuits» ; au vers 9, il se vante d'être « la pioche inepten^. Il existe aussi une opposition entre la réalité et la fantaisie dans certaines chansons ; Hugo s'amuse à compléter une « action» réelle par un complément fantaisiste :
Nous irons cueillir des noisettes
Le lecteur attend : dans les bois ; Hugo écrit :
Dans l'été^.
La répétition. — La répétition, sous toutes ses formes, — répétition pure et simple, répétition avec chiasme, répétition d'un même radical sous ses diverses formes, répétition oratoire, reprise, — est aussi fréquente, dans les poèmes visionnaires, que l'antithèse. Hugo souligne et renforce le procédé par tous les artifices de la versification.
Cambyse ne fait plus un mouvement : il dort ;
Il dort sans même voir qu'il pourrit ; il est mort*.
Notons que le second verbe est prononcé sur un ton et avec un mouvement différent.
Hugo construit un verbe avec un complément insolite de même origine : les enfants piquent le crapaud d'une branche fourchue,
Elargissant le trou de l'œil crevé, blessant Les blessures^.
Procédé grossier, la répétition a une valeur expressive très grande.
1. Cont., éd. Yianey, t. III, p. 444 (VI, xxvi), v. 186 (date éd. : 1855 ; ins. : oct. 1854).
2. Id., I, VII, éd. Vianey, t. I, p. 48 (date éd. : janv. 1834 ; ms. : 24 oct. 1854). .3. Chansons, p. 23. — Cf. Id., p. 27 :
Ses frais yeux bleus avaient l'air De revenir de l'aurore.
Victor Hugo évoque ainsi l'éclat du regard (à moins qu'il ne reprenne simplement les deux adjectifs frais et bleus).