‹ Histoire de la langue française (volume 3)Chapitre 62 sur 324 · LA PHRASE · texte numérisé non relu

LA PHRASE

Victor Hugo ne renonce pas à la phrase oratoire, chère aux premiers romantiques. Mais les sujets nouveaux, récits historiques, élucubrations philosophiques ou prophétiques, appellent des types de phrase de caractère très différent.

La phrase oratoire. — Elle prend, dans les recueils postérieurs à 1852, une ampleur considérable. Dans les Châtiments (liv. II, v, éd. Ollendorff, p. 68-69), Hugo développe cette idée qu'il préfère l'exil à la servitude. La phrase est lancée par des propositions de cause introduites ^av puisque {iT0\9, strophes de six alexandrins; sept conjonctions, d'abord se suivant, puis espacées) ; ensuite vient la principale :

Je t'aime, exil ! douleur, je t'aime !

Les cinq dernières strophes sont introduites par J''aime, jusqu'à la clausule :

la plainte éternelle

Des vagues sur les écueils sombres, Des mères sur leurs erifants morts.

Invocations, exclamations, accumulations, entassements, chiasmes, suspensions, s'adaptent au genre visionnaire.

Hugo, convaincu que le nombre trois est le« nombre parfait»^, reste fidèle à la « trichotomie » traditionnelle :

Sans frein, sans trêve, sans flambeau.

Cherchant les cieux hors de l'étable, Vers le vrai, le juste et le beau.

Reprends ta course épouvantable^.

Il soigne aussi ses clausules. Tantôt une longue énumération s'achève

1. L'idée est abondamment développée dans Posl-Scriptutn, p. 528-529 (date : 1842- 1846).

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