Id., VI
Pommier est aussi maladroit dans l'emploi des procédés de style que dans l'usage qu'il fait du vocabulaire. Je ne donnerai que deux exemples d'inversions vraiment pénibles :
Les niessalines émérites,
Aux fastes de la honte inscrites
Leurs corps sur une large tôle yoircissent comme des marrons *.
Jamais le bruit ne diminue, Et toujours ronfle et continue Le caverneux charivari-.
Conclusion. — L'édition Garnier in-12 de VEnjer est précédée d'un Avant-Propos anonyme qui est loin d'être élogieux. « Cet Enfer est avant tout, je le crains bien», dit le critique, «l'enfer de la pauvre langue française qu'on y torture à plaisir» (p. 30).
Ce n'est certes pas M. Amédée Pommier qu'on accusera de marchander sur l'expression. Les épithètes les plus risquées, les plus hétéroclites, les façons de parler les plus malsonnantes, sont justement celles qu'il s'attache à recueillir et qu'il emploie résolument. Archaïsmes, néologismes, latinismes, ronsardismes, barbarismes, tout lui est bon ; et cela forme une bigarrure encyclopédique, empruntée à tous les glossaires et à toutes les classes, depuis le langage poétique le plus élevé jusqu'au jargon de la populace la plus infime. Quand deux mots se détestent, il les oblige à vivre ensemble. L'incompatibilité d'humeur, ce motif de divorce, est pour lui une raison de les marier''.
Et le critique accuse Pommier de procéder « par le contraste et la saccade», d'abuser du pittoresque, de violenter la métaphore, d'« accréditer tous les genres d'exagération» (p. 23-24). Nous n'y contredirons pas. Mais il est injuste d'accuser ici «la fameuse école de l'art pour l'art, cette école de l'effet quand même et de l'image à tout prix» (p. 31). Il est injuste de classer Pommier parmi les « stylistes et fantaisistes, comme ils s'appellent» (p. 23). S'il y a là anarchie, sans-ciilottisme^ c'est le fait d'un individu, non d'une école. — Pommier est d'ailleurs représentatif de quelques écrivains plus médiocres encore et plus oubliés que lui. Il ne faut pas, comme Deschamps le disait jadis, juger d'une armée sur quelques francs-tireurs ou sur quelques traînards.