LA POÉSIE ROMANTIQUE
Vers 1880, la révolution linguistique déchaînée par les Romantiques semble, en poésie, avoir développé toutes ses conséquences. Hugo est tombé dans le verbalisme ; Banville dans le calembour ; Pommier dans l'anarchie. Glatigny, plus sage ou moins audacieux, suit une route différente ; acceptant du romantisme tout ce qu'il apporte d'utile, il renonce aux mots extraordinaires, aux procédés excessifs ; il se rapproche des Parnassiens. Mais la facilité de la forme dissimule mal le vide du fond.
L'œuvre des grands romantiques est achevée. Victor Hugo, qui a subi l'influence de Vigny, de Lamennais et peut-être de Lamartine, a joué dans cette révolution linguistique le rôle principal. Il a transformé la langue et le style, encore « classiques», de Lamartine et de Vigny. Mais il ne faudrait pas négliger l'action que ses disciples, les Sainte- Beuve, les Gautier, les Musset, ont pu exercer sur lui. Ce sont là de grands noms : mille autres ouvriers plus modestes — parmi lesquels nombre de professeurs — ont coopéré à la création et au développement de cette langue poétique nouvelle.
Vers 1860, il paraît dangereux de suivre plus longtemps la voie ouverte par la Préface de Cromwell. De bons écrivains décident de consolider les gains acquis, de perfectionner l'outil créé : l'école parnassienne inaugure un «classicisme» nouveau. D'autres poètes, plus puissants et plus profonds, continuent la révolution romantique, mais avec des aspirations toutes différentes : Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud sont les précurseurs de la révolution symboliste.