CHAPITRE III LA RÉVOLUTION DE
La Révolution ne fut nullement fatale au français. Elle n'interrompit même pas les relations politiques entre la France et TAngleterre. On sait comment Cromwell s'entendit secrètement avec la Cour de France. Les événements servirent même, à certains égards, la cause du français. En chassant en France la famille régnante, ils contribuèrent à la franciser. D'ailleurs, en attendant son retour, le reste de l'Angleterre n'abandonna pas, une fois les violences passées, des goûts enracinés.
Les jeunes gens de bonne famille continuaient, comme par le passé, à voyager sur le continente Cromwell ignorait le français, mais il ne voulut pas que son fils l'ignorât, et il l'envoya pour raison de santé en Languedoc. Le jeune homme fît aussi séjour à Pézenas. Les bords de la Loire étaient toujours le rendez-vous des étudiants d'Outre-Manche ^. Cependant le renom de la société parisienne commençait à les séduire. C'est ainsi, par exemple, que Wycherley (né vers 1640) était envoyé en France, dans le gouvernement du duc de Montausier, pour parfaire son éducation. Tout naturellement il visita les Rambouillet et Julie d'Angennes. Le rayonnement des salons et de la culture rafRnée dont ils avaient donné le modèle tournait visiblement les têtes aristocratiques anglaises. On s'attachait aux romans qui oiTraient l'image vivante de ce monde. Le traducteur de la Cléopâtre raconte que les Anglais le suppliaient de n'omettre dans sa traduction « ni une épingle, ni une frisette,... de la leur donner tout entière et a-la-mode ^. » Or il est évident que le moyen le meilleur, pour goûter sûrement la saveur du texte, était de le lire dans la langue originale. Du reste, au dire de Dorothy Osbome, les traductions n'étaient guère accessibles à ceux qui n'avaient pas fait cet effort *. On s'y mit de plus en plus.
I. Howell leur conseillait d'y aller dès letir jeune âge pour prendre la prononcialion, doni on vienl difficilemeni à bout, quand on a passé la minocilé {In$lr.^ 36). 1. Id., ib.y 32.
3. 1665, 3* pari., entête, cité p. Cbarl., Th.el crii.^ 164. On trouveradans Upham^ (o. c, Appendice A) une liste très complète des traductions d'œuvres françaises de ibbô A 1659.