CHAPITRE IV APRÈS LA RESTAURATION
A LA Cour. — Charles II, jusqu'à seize ans, n'avait su que fort peu de française Mais en 1649 déjà il s'y était mis, et à force de vivre au Louvre, au Palais Royal, à Saint-Germain, il avait appris à en user, quand il voulait. M"® de Montpensier exagérait en disant : « Quand le roi parle ma langue, il oublie la sienne. » C'est là un mot d'esprit, avec une pointe de coquetterie vaniteuse, rien de plus. Mais Charles II soutenait n'importe quelle conversation . en français.
Les autres enfants royaux surent notre langue à la perfection : ainsi le duc d'York, le futur Jacques II. La jeime Henriette était, elle, à peu près exclusivement française de langue. S'il venait un ami « du beau temps » comme John Reresby, il savait comment s'y prendre pour faire sa cour : « Je parlais français et j'étais assez bon danseur », dit-il de lui-même 2. Lors du retour, quand la princesse reçut du Parlement un présent de dix mille jacobus, elle répondit en s'excusant de ne pouvoir bien rendre sa pensée en langue anglaise, ajoutant qu'elle espérait se faire pardonner ce défaut en conservant un cœur anglais-*.
On connaît les noms des principaux fîdèles qui suivirent ou rejoignirent les exilés et firent auprès d'eux des séjours : Montagu, Montrose, le chevalier Digby, Buckingham fils, Wilmot, Percy, Elliot, Jermyn, comte de Saint- Albans, le duc d'Ormond, son fils et ses neveux, les poètes Cowley, Denham, Waller, Davenant.
Après la Restauration, quand la cour de Saint-Germain repassa la mer, tout le monde redevint, bien entendu, bon Anglais. La reine mère — quantum mutata — n'avait dans sa maison qu'un seul étranger, M. de Vantelet, qui avait été son écuyer, et qu'elle prit pour chambellan (M™® de Vantelet avait été sa dame d atours). Encore ne devait-elle faire qu'un très court séjour outre mer^.
1. Bast., o. c, 32. M"« de Montpensier le note dans ses mémoires (V. Charl., Vte soc, 203-4).