LE NOUVEAU REFUGE
uii baconien, très compétent en matière de philosophie et de théologie britannique. Auprès de lui M. de Moivre, ami de Newton, et en même temps au courant de tout ce qui concernait Corneille et Racine, les théologiens Colomiès et Misson, l'orientaliste De La Croze, l'historien Rapin de Thoiras, César de Missy, prédicateur, le Clerc, Tauteurde la Bibliothèque, Coste, le traducteur de Locke, Desmaiseaux, éditeur, traducteur, biographe, compilateur infatigable. Sans être des génies, sans être des maîtres de la pensée ni du style, ces gens avaient certaines vertus intellectuelles : la patience au travail, la conscience, et, somme toute, assez de curiosité et douverture d'esprit pour comprendre ce que des hommes supérieurs à eux n'apercevaient en aucune façon : la naissance d'une pensée nouvelle, dont la science allait être l'àme et dont la presse périodique serait Torgane.
Ils eurent l'ambition et la volonté de jouer un rôle dans cette révolution. Or, cette conscience de leur rôle, ils la prirent au contact de l'Angleterre, comme ils prirent à la pensée anglaise une bonne partie de leur pensée. Pour cette communication, leur langue maternelle ne pouvait leur suffire. Ce qui eût été bon pour des résignés inertes, décidés à chanter jusqu'à la mort le super (lumina BabyloniSy ne pouvait convenir à ces hommes d'action. La plupart, dit Texte, parlèrent l'anglais, l'écrivirent au besoin, fréquentèrent les écrivains du jour. Lorsque Evelyn rencontra AUix. le ministre de Charenton, celui-ci, pour se faire comprendre de l'archevêque Sancroft, en était encore réduit à parler latin. Mais trois ans plus tard, il publiait déjà en anglais. Le sieur de Luzancy, ancien carme qui avait abjuré en 1675, devenu ministre, eut l'occasion d'écrire une lettre à Pepys en 1688, elle est en très bon anglais. Un autre transfuge, Fr. de la Motte, fut recueilli par le secrétaire d'État Williamson ; peu après, il parlait l'anglais sans trop mauvais accent. 11 écrivait aussi en bon anglais. Le médecin Silvestre, de Montpellier, est également un acclimaté ^, etc.
L'épître XIV de Dryden est adressée à P. Motteux (1660-1717), réfugié français. Celui-là devint un libraire important. Il avait appris Tanglais si complètement, qu'il avait composé quinze pièces en cette langue, dont plusieurs avaient été bien reçues. Il dirigeait aussi le « Gentlemen's Journal », et avait traduit Don Quichotte. Dryden l'en félicite, étonné qu'un « hôte étranger dépasse le plus grand nombre et rivalise avec les meilleurs ».