‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 155 sur 352 · Gossard, VEtahl. du reg. espagnol... Bruxelles · texte numérisé non relu

Gossard, VEtahl. du reg. espagnol... Bruxelles

d'Autriche s'était pénétrée à la cour des Valois pendant sa jeunesse. Une fois que Charles-Quint eut abdiqué devant les États (25 octobre 1555), et que sa sœur abandonna avec lui les Pays-Bas, la destinée des provinces fut bouleversée, et la situation de la langue française à la Cour se trouva singulièrement diminuée. De même que Charles-Quint, quand il avait débarqué en Espagne, était apparu aux Espagnols comme un étranger, de même, dès la séance d'abdication, Philippe II se révéla tout espagnol à ses Flamands. Dans cette séance solennelle, il s'excusa de ne pouvoir s'exprimer en français, et ce fut Granvelle qui fut obligé de parler en son nom K

Le régime espagnol. — Toutefois les Espagnols, quelle que fût leur morgue, n'eurent point la prétention d'imposer leur langue, comme ils imposaient leurs idées, leur religion, et leur système de gouvernement. Marguerite de Parme fut présentée aux États Généraux comme « connaissant les langues du pays », quoique, en réalité, elle ne parlât pas le flamand, et eût oublié beaucoup de son français.

Si le redoutable duc d'Albe, quoiqu'il sût le français, affectait de ne pas s'en servir, c'était un effet de son caractère altier ^ Et Philippe II n'approuvait pas ce parti pris, car, lui qui refusait si obstinément de comprendre l'esprit de ses sujets, il recommanda à don Juan son frère, qu'il déléguait pour gouverner, de parler français, et de remplacer son titre espagnol de Don par celui de Messire. C'étaient là de bonnes précautions, pour se concilier les gens du pays, comme aussi de ne pas prendre ses maîtresses dans les familles principales '^.

Don Juan, docile, dès le lendemain de son arrivée, s'excusa d'employer l'espagnol; s'il parlait le français, disait-il, il ne savait pas encore l'écrire ^. Et après l'union de Bruxelles, on le vit affecter de s'en servir du mieux qu'il pouvait ^.

Dans les habitudes des administrations locales, rien ne fut modi-

1. En 1589, le commandeur de Moreo lui envoie une lettre qu'il avait reçue de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur (Nantes, 9 août 1589), sur Tassassinat de Henri III... « un jacobin... luy a donné d'un cou de pissetolle dans la tayte ». Philippe souligne le mot pissetolle, il se figure qu'il désigne quelque sorte de poignard et met en marge : « Quiza de alguna manera de cuchillo, y la tayte no se si podria ser otra cosa que cabeça, que no es laytty sino tête 6 teyte ». (Papeles de Estado, liasse 596; Gachard, Corr. de Ph. 11^ xux, note 1).

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