‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 159 sur 352 · Gachapd, Corr. de Ph. II, ï, CLVIII · texte numérisé non relu

Gachapd, Corr. de Ph. II, ï, CLVIII

2. On le trouve parmi les quelques livres du comte d'Ëgmont. En 1567, Morillon dépeint le sire d*Escaubecque « un chapelet au cou et un Pantagruel en la main », assistant aux prêches dans le quartier de Lille (Pirenne, Rab, dans les Pays-Bas, dans la Rev. des Éi. RabeL, (1906) IV, 224.

3. Voir E. Quinet, Marnix de Sainte Aldegonde, Paris et Bruxelles, 1854 ; G. Oosterhof, La vie littéraire de Marnix de Sainte-Aldegonde et son « Tableau des differens de la religion » (Thèse de Lille, 1909). Ce Tableau (1599-1605) est en français. Il a écritaussi en français son Advis d'an affectionné aa bien publique de la bourgeoisie d'Anvers.

t. Un travail sur Tinfluence de Ronsard au xvr siècle en Hollande a été entrepris par M. S. Eringa, qui a bien voulu faire profiter ce livre de ses notes.

partage la haine que portent aux rhétoriqueurs les maîtres de la Renaissance néerlandaise ; Jan van der Does (1345-1604) est sous l'influence de Dorât et de Baïf, qu'il avait rencontrés à Paris, en 1366, pendant un séjour \ L'influence de Tltalie et de TEspagne se teintait parfois elle-même d'une couleur française, car il arrivait que pour lire les auteurs italiens et espagnols, les poètes hollandais se servissent de traductions françaises. Et s'il s'agissait ici de montrer tout ce que la littérature hollandaise doit à l'action directe ou indirecte de la France, il faudrait chercher dans bien des directions diverses. C'est ainsi que la poésie, sous l'influence des poètes français, accepta une rénovation complète de la versification traditionnelle '* .

Néanmoins, et malgré cette pénétration forcément limitée, la disparition de la dynastie bourguignonne, avec ses conséquences nécessaires, risquait de porter un coup funeste à la culture française du pays. L'afflux des Bourguignons avait cessé, des guerres fréquentes rendaient les relations avec la France fort irrégulières, l'élément français devait donc vivre des ressources qu'il trouvait dans les Pays-Bas ou périr.

Une université a Douai. — La partie française et wallonne du pays lui offrit les forces suffisantes pour subsister au moins partiellement. C'est là que désormais les familles aisées envoyèrent leurs enfants aux études françaises ^. En outre, les Douaisiens son-

1. Sur la première page de son Album amicorum, on lit un vers grec d' « Auratos >•, immédiatement suivi d'un autre de « Janos Antonios Baïphios. «Il fait la connaissance de Jean Morel et de ses trois AUcs, Camilla, Lucretia et Diana, qui écrivent chacune un aphorisme grec sur son album. Le recueil de poésie latine que van der Does publie en 1569 chez Silvius d'Anvers contient des poèmes adressés à Dorât, Baïf et Guillaume des Autels.

2. Non seulement un poète comme Jan van Hout observe la règle de l'alternance des rimes masculines et féminines qui vient de s'imposer en France, mais ce qui caractérise surtout le vers français, le syllabisme, est introduit à la place du système germanique de vers à un nombre fixe d'arses et un nombre indéterminé de thèses : il est vrai que les nouveaux vers hollandais ont en outre un rythme iambique inconnu aux vers français. On trouvera des indications précieuses sur cette révolution de la rythmique néerlandaise dans le beau travail du prof. Vermeylen sur Jan van der Noot. Un jeune philologue hollandais, M. J. van der Ëlst, a entrepris sur ce sujet une vaste étude où ces questions seront traitées a fond et qui sera présentée à l'Université de Paris.

3. Pirenne a cité un certain nombre d'exemples: A peine âgé de dix ans, J. de Dadizeele part pour Lille et pour Arras et y réside pendant six années (Kervyn de Lettenhove, Mém. de J. de Dadiz.^ p. 1, Bruges, 1850). Molanus vient de Louvain habiter à Lille avec ses parents (Molanus, Hislorise Lovaniensium, libri XIV, I, p. vi, Bruxelles, 1861). D'autre part, un bourgeois de Lille, J. de Fynnes, reçoit un pensionnaire d'Amsterdam et envoie lui-même sa fille chez des amis d'Anvers pour lui faire apprendre le flamand. (J. L. A. Diegerick, Mél. pour servir à VHist, des mœurs et des usages. . . dans Annales de la, Soc. hist. de la ville d' Ypres, VIII (1878), 135). — Pour l'habitude d'échanger des enfants, voy. Vaernewijck, Van die beroerlicke Uj~ dcn, IV, 93 (Gand, 1876) (Pirenne, III, 316).

gèrent à mettre à profit cette situation pour faire instituer dans leur ville un centre d'éducation capable d'y attirer les étudiants. Une Ordonnance de Tannée 1530 constatait la coutume générale d'envoyer les jeunes gens en France pour leur faire apprendre le français « qui est langage fort requis * ». Ils représentèrent à l'Empereur l'avantage qu'apporterait l'érection d'une Université à Douai, puisqu'il « ne seroit plus besoin à ses sujets de langue flamande de se transporter hors de sou pays pour y apprendre le langage françois dont on use à Douai, et les deniers des étudiants resteroient dans le pays 2. »

L'idée fit son chemin. Le français n'était pas suspect, mais la France et les livres français l'étaient. Malgré les persécutions intermittentes contre les Huguenots, la France apparaissait aux catholiques fanatiques comme une mère d'hérésie. C'était de chez nous qu'étaient venus V Institution chrétienne^ et une multitude de pamphlets calyinistes ; beaucoup étaient imprimés à Sedan, d'autres sortaient des presses clandestines de France. En somme, le luthérianisme était allemand, mais le calvinisme, plus redouté encore, était français ^, Douai présentait tous les avantages d'une ville française. La population était française de langage. De vagues disciples de Ronsard pouvaient donner l'illusion qu'il y existait une littérature française, et l'on y avait sous la main l'Inquisition, qui permettrait d'y conserver l'autorité sur les esprits. Depuis longtemps demandée, l'Université fut reconnue par bulle du Pape, le 6 janvier 1360, et constituée le 19 janvier 1362. Une chaire de français devait y attirer les étudiants flamands ^. Le 4 mars 1570, il fut fait — comme corollaire — défense ^ aux jeunes gens de fréquenter les Universités étrangères. En 1582 et 1587, nouvelles interdictions ^.

L'enseignement dv} français. — L'enseignement du français sur

1. Recueil des Ordonnances des Pays-Bas, 2* série, III, 59 ; dans Pirenne, III, 316.

2. Pilate-Prëvost, Table chronologique des archives de la mairie de Douai, 339 (Douai, 1842). Cf. Marx, Studien zur Geschichte des niederl&ndischen Aufstandes^ 45, n. 4 (Leipzig, 1902) ; dans Pirenne, Ib.

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