Voir Vissac, o. c
4. Considérations en faveur de la langue françoise, juill. 1677, 4*>.
5. Ce livre est analysé par Bayle dans les SJouvelles de la Rép. des Letl.^ août 1684. (Voir ses €Euv., I, 112.)
Histoire de la langue française. V. 2
blement supérieure à la libre construction latine (639) '. Il a beau ajouter qu'on ne se lasse pas plus de la voir toujours répéter, qu'on ne se lasse de voir lever le soleil ; c'est là une image, non une raison. Néanmoins son plaidoyer n'est pas négligeable, et aux arguments donnés par les apologistes du xvi** siècle, il en ajoute de nouveaux, qui ont leur valeur 2.
1. Richesource aussi a donné dans le même paradoxe. « Ces espèces d'interruplions que les Idolâtres de la lan^cue laline appellent Tune de ses plus grandes beautez, non moins dans la prose que dans les vers, est tout à fait opposée à la disposition naturelle, ou pour mieux dire actuelle de la langue françoise qui se plaist à dis« poser et placer les parties ou circonstances d'un fait, dans les Tableaux qu^elle en donne, au mesmc ordre qu'elles se sont passées. Les Grecs et les Latins, soit prosateurs, soit versificateurs, pour une plus grande commodité de leurs mètres ou mesures, de leurs césures ou de leurs piez, s'en sont fait une figure » {Prise de Fri^ bourg, 29).
2. D'abord on oppose en vain la tradition : Tusage ne peut pas empêcher d'accepter une nouveauté avantageuse (53). Le latin, si on veut l'écrire purement, ne se prête pas à l'expression de certaines idées modernes ; en histoire, par exemple, on pèche contre le bon sens, d'appliquer le nom de charges qui ne sont plus à des charges qui ne leur ressemblent pas, ou qui leur ressemblent mal. En religion de même. N'est-ce pas une dérision d'appeler Cererem l'hostie sacrée? (723 et suiv.). On dit que toutes les sciences s'enseignent en latin, mais ne peuvent-elles s'enseigner en français ? Cela est démontré faux par l'expérience (273). Et que résulte-t-il de cette vieille erreur? C'est qu'on apprend les langues au lieu d'apprendre les choses, témoin les médecins, grands latinistes et mauvais guérisseurs, soucieux surtout de cacher certaines choses qui ne seraient peut-être pan regardées avec assez de respect, si elles étaient divulguées (291). La langue latine n'inspire point les sciences d'elle-même ; la savoir et être savant sont deux choses très différentes. Beaucoup font de leur cervelle une boutique de phrases latines, qui ne savent que cela ; de sorte qu'elle est aussi bien la langue des ijçnorants que celle des savants (800). Que de niaiseries ce vêtement dissimule ! Dans les écrits français, on pénètre le fond des pensées, on voit presque les idées pures. C'est dommage que Vida n'ait pas dit en français, que lorsque Jésus-Christ sortit du Jourdain, après avoir été baplisé, les Anges apportèrent des serviettes blanches pour l'essuyer ! Mais tout cela passe à la faveur des belles expressions latines (1076-1081).
Nous n'avons ni Virgile, ni Cicéron. D'abord cela est discutable, et puis il en était de même à Rome un an avant leur naissance (153). Si on y eût soutenu qu'il ne se pro^ duirait jamais d'Homère et de Démosthène en latin, que fût-il advenu de cette langue qu'on admire tant? (//>.) Si les tenants du français ne peuvent mettre personne en comparaison de ces deux génies, les néo-latins le peuvent-ils? Ont-ils, eux, un Virgile ? (217) Ils ne l'auront jamais, puisque dans une langue morte, ils ne peuvent être que des imitateurs, et qu'une grande découverte pour eux est de retourner un hémistiche de leur mai tre, ace r/)0 funere mersil pour funere mersit acerbo (218, 234). Au reste, tandis qu'il est impossible qu'on égale jamais les anciens dans une langue où on n'a pas le droit de créer, il suffit, pour démontrerque la nôtre est capable de chefsd'œuvre égaux aux antiques, de vingt lignes qui vaillent n'importe quel passage de latin ou grec. Et ces morceaux existent, donc les œuvres peuvent exister (151).
Que manque-t-il en fait à notre langue? La prononciation en est aussi douce que celle du latin, déguisée complètement par les modernes. HIUc possède une telle clarté et une telle netteté, que dans les traductions, où on la trouve trop longue, elle fait l'efTet d'un vrai commentaire (462). Le rythme de la phrase, quoique différent, vaut celui du latin (506). En outre notre français est significatif, sonore, éloquent^ raisonné, chaste, délicat. Plus tempéré que le latin, il est plus proche du goût attique (610 et s.). Si, malgré tous ces avantages, il sert à quelques-uns à produire des sottises, les langues anciennes n'ont pas échappé à ce mauvais sort, mais les pièces de ce goût qui nous sont pai*venues nous ont paru respectables par leur anti-
Sa tactique n'était pas maladroite non plus. Elle consistait à , identifier les intérêts du Roi et ceux de la langue : a II avoit pris '^ trop de part aux interests de TAcademie, pour n^entrer pas maintenant dans un mesme engagement qu'elle, à soutenir Thonneur de la langue Françoise K » Racine disait dans le même sens, en 1678 : « Ce dictionnaire qui de soi-même semble une occupation si sèche et si épineuse, nous y travaillons avec plaisir. Tous les mots de la langue, toutes les syllabes nous paroissent précieuses, parce que nous les regardons comme autant d'instruments qui doivent servir à la gloire de notre auguste protecteur *. » UEpître du gros volume de Charpentier se termine ainsi : « Craindrai-je de dire qu'il y a de l'Insolence et de la fausse Délicatesse à vouloir que nous empruntions toujours des anciens Romains les expressions qui doivent Vous marquer notre juste reconnoissance, puisque l'Ancienne Rome ne nous offre rien de si éclatant que vos Actions incomparables? Ainsi c'est la Gloire de V. M. qui nous affranchira d'une servitude où nous estions tombez dans un siècle moins heureux que le Vostre. C'est Elle qui rendra à nostre Langue sa splendeur et sa liberté ; Et la reformation d'un abus si invétéré, n'adjoûtera pas peu d'esclat à la magnificence de vostre Triomphe. »
Résultats. — Les résultats immédiats de toute cette campagne sont peu de chose et la victoire obtenue promettait mieux. En ce qui concerne le monument grandiose que Colbert avait projeté, nulle application ne fut faite des décisions prises, car en 1681 les c-
quitë, comme un matelot échappé seul d'un naufrage, qui devient un personnage de considération (600 et s.).
On annonce que les belles œuvres qu'elle pourra produire périront, en raison du changement qui survient nécessairement &uTt langues virantes. Mais la langue latine aussi a été vivante. Si nous la voyons fixe, c'est en raison de Téloignement. Considérée dans toute l'étendue de sa durée, elle est au contraire très changeante. Étudiée dans Virgile et Horace, elle parait constante, le français sera toujours le même, si on compare Malherbe et CoefTeteau (367 et s.). Le français est aujourd'hui dans sa perfection. C'est, prétend-on, signe de mort prochaine, car le latin a ainsi péri à son apogée. Historiquement, l'argun^ent est faux (630 et s.). Du reste la politique seule garde les empires de périr. Quant aux langues, si elles disparaissent, c'est faute de livres, qui les rendent immortelles. On dit que le latin ne s'oubliera jamais, c'est grâce aux œuvres des génies. Il n'a aucune vertu d'immortalité en soi. Donnons ù notre langue par nos productions le même avenir (356 et s.). Enfin, la raison suprême qu'on allègue est que la langue latine est universelle. Mais elle est beaucoup moins répandue i l'intérieur du royaume que la française, et le peuple illettré ne peut pas être privé de tout connaître, même les victoires de ses rois (1022-4). Quant au dehors, il n'est pas vrai de dire que le français soit renfermé dans les limites de nos provinces, il est enseigné et su dans la plupart des pays étrangers ù régal des langues illustres de l'antiquité (258 et s.).