‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 162 sur 352 · Privilège du i4 sept. 15$6; dans Rooses · texte numérisé non relu

Privilège du i4 sept. 15$6; dans Rooses

3. Cf. Pirenne, lll, 317, qui rapporte ce fait curieux qu'à Courtrai les plombs de la draperie portaient des inscriptions en français.

certains milieux, quelque paradoxale que Tidée paraisse, s'était-il accru.

En Belgique, beaucoup de Flamands étaient devenus bilingues, mêlant, presque sans s'en apercevoir, les deux idiomes dans leur conversation. Guichardin, qui y avait voyagé, estimait, dit M. Pirenne, qu'il y serait bientôt aussi commun dans les provinces flamandes que Tidiome national*, et l'Espagnol Enzinas le considère, tant il y était répandu, comme la langue maternelle de leurs habitants. Malgré l'exagération évidente de ces dires, il est certain que le français, exclusivement parlé dans la noblesse, et d'usage courant dans la bourgeoisie, avait même atteint superficiellement la masse du peuple. S'il n'y était point parlé, il y était du moins compris par beaucoup de gens et il n'y passait point pour une langue étrangère .

Protestations. — De ci de là il arrivait que des hommes de lettres, de langue flamande, se plaignaient de la contamination qui se produisait entre les' idiomes indigènes. Ainsi, sans avoir l'amour-propre de Goropius Becanus, qui prétendait prouver que le flamand était la langue primitive de l'Univers 2, Pierre Heyns, par exemple, s*assigna la tâche de purger le néerlandais des vocables étrangers qui l'envahissaient ^ . Dans son Dialogue sur la grammaire néerlandaise^ Spieghel écrit : « Depuis que nous avons été réunis avec les villes wallonnes sous un prince et sous une seule cour, notre langue a été en peu d'années tellement mélangée de mots exotiques, que ce serait presque se singulariser que de parler, parmi le peuple, un néerlandais pur '\ » Il est piquant toutefois de constater que le zèle purificateur de Spieghel s'explique luimême par l'inspiration française, et qu'il est lui aussi une forme

1. Guichardin, Description^ p. 168. — En 1517, le secrétaire du cardinal Louis d'Aragona constate déjà que presque tout le monde sait parler français. L. Pastor, Die Reisedes Kardinals Luigi d'Ar.y 72, Frib.-en-Br., 1905.

Parmi les gens instruits au milieu du xv* siècle les exceptions sont fort rares. Vaernewijck cependant, quoique lettré, ne comprenait pas le français [Van die beroerlicke tijden, II, 128). Voir Pirenne, III, 318.

2. Jan van Gorp, né à Hilvarenbeek, en Brabant, Tan 1518, mort en 1573.

3. Van Hauwaert, Eenige berichien en wenken over taal en volk uil de zestiende eeaw, dans Mél. Paul Frédéricq^ 145 (Brux., 1904). Dans Pirenne, III, 318, cf. encore F. Van der Haeghen, Een pleidooi (en voordeele van het vlaamsch in de XV!*^* eeotD, dans Verslagen en mededeelingen der K. Vlaamsche Académie^ 1896, p. 4 Si et suiv.

4. Le Twespraeck van de Nederduitsche Letterkunst vient d'être réimprimé avec commentaire par K. Kooiman (thèse de Lcyde, 1913). On trouvera la phrase citée plus haut, à la p. xiii.

d'imitation. En effet, d'un bout à l'autre, ce Dialogue s'inspire de la Deffence et Illustration de Du Bellay, comme celle-ci s'inspirait de Speroni; Henri Estienne aussi a été mis à contribution ^

En fait comment eût-on échappé au gallicisme dans un pays ou le français était si familier ? « National dans la partie méridionale du pays, dit fort justement M. Pirenne, le français s'était acclimaté dans le Nord, et il contribuait pour sa part à maintenir l'unité des dix-sept provinces : c'est au cri français de « Vive le gueux » que toutes ensemble, w allonnes et thioises, elles se soulèveront contre l'Espagne 2. »

1. Le début de l'œuvre de Spieghel offre uue ressemblance frappante avec celui des Dialogues d*Estienne. Et, pour ce qui est des idées dominatrices de la Deffence et Illustration, on peut dire que le Twespraeck en est imprégné. En effet, Spieghel, dans son introduction, déplore que le hollandais, une langue si belle, si riche, ait été si peu cultivée par les savants, tandis qu'autrefois les Egyptiens, les Grecs et les Latins s'étaient efforcés d'orner la leur par les arts, la science et l'érudition ; comparés à l'idiome des Provinces-Unies, le français, l'espagnol, l'italien, ne sont que des langues « bâtardes » ; pourtant on leur accorde une bien plus grande faveur. « Il n'y a que peu de temps que l'italien et l'espagnol étaient des dialectes informes ; et quelle différence y a-t-il entre le français qui s'imprimait dans notre jeunesse et celui de nos jours, que nous même nous contribuons à exalter dans nos cours et nos villes marchandes? » Qui ne reconnaît des passages bien connus de la Défense^ dans cette conception qu'une langue n'est pas pauvre par elle-même, mais demande à être cultivée *?

2. L'emploi de cette formule française par la population de langue flamande n'est pas un fait isolé. Voy. parex. Vaernewijck, o. c, II, 11 ; dans Pirenne, III, 318.

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